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  • : Ce blog traite des causes endogènes et exogènes liées à la pauvreté de l'Afrique. Il fait par ailleurs un pont entre l'Afrique et la France: la françafrique.
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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 13:16

 

 

 

Photob 001III-3-4 : POIDS DES MODELES POLITIQUES IMPORTES

Les Africains ont perdu toute notion de gouvernance de type africain. Dans plusieurs pays, la Constitution est tout simplement identique à celle des pays européens, sans en avoir la culture quant à sa lecture et surtout son applicabilité. L’absence d’une constitution solide laisse aux gouvernants la liberté d’enfreindre la loi. D’autres hommes politiques africains l’ont tout simplement taillée à leur mesure. Or, les gouvernants qui n’ont et ne peuvent avoir d’autre intérêt que celui d’être justes, doivent désirer des lois fixes et permanentes, dont personne ne doit s’écarter. Dans le cas contraire, c’est le règne de l’arbitraire.

Il faut dire que les hommes politiques du continent n’avaient pas beaucoup de choix, du fait de leur culture politique occidentalisée. Les pères des indépendances, au début, optèrent pour le non-aligné avant de se rendre à l’évidence qu’ils n’en avaient pas les moyens en raison des structures économiques extraverties qui les menaient droit au mur. Par conséquent, il leur restait la possibilité de choisir entre le modèle socialo-communiste par le biais du marxisme et le modèle capitaliste-libéral. A vrai dire, la pression de la guerre froide les poussa tantôt vers les uns, tantôt vers les autres pour y trouver protection. On se rappelle que ce schéma est le même que celui appliqué par les abolitionnistes qui, sous prétexte de protéger les souverains africains contre les esclavagistes, les obligeaient à signer des accords avec eux. Ainsi, les Koongos du Congo-Brazzaville devenus communistes, se méfieront longtemps des Koongos du Congo-Kinshasa, devenus capitalistes. Ce fut l’époque d’une sorte de rideau de fer.1 Dans l’un comme dans l’autre cas, l’aliénation était totale.

Mais le communisme, par exemple, était–il compatible en Afrique ? Marx estimait que la révolution anticapitaliste n’aurait de succès qu’avec les conditions du capitalisme développé (qu’il l’imaginait se produire d’abord en Europe), sur la base de ses contradictions : baisse du taux de profit, concentration de la propriété, crises de la surproduction, paupérisation extrême... Quand le capitalisme crée une classe de salariés destinée à devenir majoritaire aux intérêts contradictoires avec ceux de la bourgeoisie, ceux-ci deviennent les agents de la transformation sociale, et la révolution communiste doit donc être « le mouvement spontané de l’immense majorité dans l’intérêt de l’immense majorité.» Or, et je l’ai déjà souligné, la propriété individuelle n’a jamais existé chez l’Africain jusqu’à la période des indépendances. Ce qui rendait le marxisme inapproprié. Mais, comme il faut l’appliquer à tout prix, les nouveaux dirigeants vont créer les bourgeois de toutes pièces car le prolétaire est connu : c’est le peuple. Le bourgeois, propriétaire de machines qu’il faut nationaliser sera l’Occidental considéré comme exploiteur de la masse. Ce qui justifiera la chasse des Occidentaux après les indépendances.

Chez les capitalistes, il manque des capitaux. Il faut les chercher, mais où les trouver quand on sait que l’Africain, n’était ni accumulateur ni riche pour jouer le jeu du capitaliste ? Là encore, les Occidentaux seront désignés comme capitalistes.

C’est dans cette hypocrisie politique, loin de toute base d’identification de la masse, que les dirigeants africains vont gérer le continent au moment de la transition colonialisme-françafrique. Mais ces politiques seront peu à peu délaissées avec le retour des Occidentaux au profit des modèles conçus et contrôlés par eux. Trente ans plus tard, l’Afrique se paupérise. C’est le moment choisi par les politiques de se rendre compte qu’en Occident, il y a un système, moins agressif pour accéder au pouvoir : la démocratie.

Durant les années 1990, presque tous les pays d’Afrique francophone importent la démocratie, un autre système politique, mais moins agressif, ce qui fera dire à Jacques Chirac « la démocratie est un luxe pour l'Afrique ». Cette déclaration suscita des réactions proches de la révolte. Aujourd'hui, avec le recul du temps, cette déclaration choque-t-elle encore ? Une chose est vraie, les réactions sont moins vives, vu la première petite expérience de ce système politique dans le continent.

 En effet, l'Afrique démocratique a su lier démocratie et ‘’homocratie’’. Si la démocratie est un système dans lequel le peuple souverain lègue sa propre volonté  à un homme pour un temps défini, l'homocratie2 est le pouvoir d'un homme qui gouverne par la puissance de la françafrique tout en faisant croire qu’il jouit de la légitimité du peuple.

La démocratie est–elle viable dans le contexte actuel de crises en Afrique ? La souveraineté d’un citoyen peut-elle résister en milieu de pauvreté ?

Comment le peuple souverain, dont  la préoccupation majeure est la satisfaction des besoins alimentaires, peut-il garder sa liberté de penser et de voter ?

Dans de multiples cas observés,  les électeurs ont vendu leur voix pour un ou deux euros chez ceux-là mêmes qui se sont servis dans les caisses de l’Etat pour financer l’achat de leurs voix. Ainsi, le choix politique devient une sorte d'épreuve : manger ou ne pas manger. C'est toute la démocratie qui se retrouve piégée. D'où la question initiale, la démocratie en Afrique est -elle un luxe ? La pauvreté fait-elle bon ménage avec la démocratie ? Un peuple affamé peut-il réfléchir en toute liberté sans qu'en même temps ‘’le ventre’’ ne s'immisce dans l'affaire ? Neuf fois sur dix, le peuple qui a faim vendra sa capacité d'homme libre, quitte à donner sa voix au diable. La Bible nous relate l'histoire du frère de Jacob, Esaü3 qui lui céda son droit d’aînesse pour un « plat de lentilles».

Pour qu'une vraie démocratie prenne place en Afrique, il faut résoudre le problème de la pauvreté faute de quoi les voix des pauvres seront toujours monnayées. L'homocrate le sait et n'hésitera jamais à recourir aux pauvres pour remporter des élections. Dans certains cas, lui seul décide s’il faut ou non organiser les élections. En tout état de cause, ces chefs d’Etat ont le soutien sans faille de la françafrique.

CAS DE LA COTE D’IVOIRE

Depuis une dizaine d'années, Laurent Gbagbo dirige  la Côte-d'Ivoire sans en passer par les élections. On sait que ces multiples stratégies de report d'élections, avaient plongé ce pays dans une guerre civile faisant des milliers de morts. Le chef de la rébellion, Guillaume Soro,  finira par intégrer le gouvernement, au rang de premier ministre. Le tandem ainsi constitué prendra le pays en otage. Laurent Gbagbo le sait, il n'a plus d'ennemis armés en face de lui, étant donné que l'ancien rebelle en a eu pour son ventre.4 Les deux faux ennemis aujourd'hui sont prêts à tout braver. Sans la moindre honte, ils ont mis fin à ce qui pouvait être le retour de la démocratie dans ce pays de plus de 20 millions d'habitants.  La Côte-d'Ivoire va-t-elle replonger dans le désarroi ? Une chose est certaine : le refus de la démocratisation ouvre les voies à toutes les formes de terreur. Déjà, les manifestations sont marquées par de nombreux incidents.

Une semaine après la dissolution du gouvernement et de la Commission électorale indépendante ivoirienne, l'une des manifestations lancées par l'opposition contre le président Laurent Gbagbo a été pour la première fois suivie de morts, au moins cinq à Gagnoa (Centre-Ouest). Pour Guillaume Soro, chargé de former un nouveau gouvernement, la priorité est de séduire et corrompre, sans nul doute par des billets de banque, quelques membres de l'opposition afin qu'ils intègrent le gouvernement. C'est la forme la plus élevée de « la politique du ventre.» Les discussions sont en cours. Et le peuple dans tout cela ? Environ un millier de manifestants, certains munis de gourdins et de cailloux, ont entamé une marche aux cris : « On ne veut pas Gbagbo.» Le secrétaire général de l'O.N.U.5 Ban Ki-moon, est préoccupé par la situation politique et par les affrontements en Côte-d'Ivoire et appelle au calme.

Et pour autant les élections restent le moyen le plus sûr pour un peuple de choisir ses dirigeants. Les élections sont le ciment de la démocratie. La démocratie par définition est le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple. Ainsi compris, le peuple est le garant de la nation. Il choisit par le moyen d’élections libres et transparentes de confier la gouvernance de la cité à celle ou à celui  qu'il estime le mieux placé pour garantir  la paix. Rousseau parle même d'un Contrat social structurant des relations de pouvoir équilibré, partagé dirigeants avec le peuple. Alors, pourquoi les dirigeants africains ne sont-ils pas à l’aise et ont-ils peur de subir le suffrage du peuple ? Comment peut-on prétendre gouverner au nom  du peuple tout en se méfiant de lui ?

Pour répondre à cette question, il est intéressant d’étudier le rapport que l’Africain pré-occidental avait avec le pouvoir. En Afrique, le chef de clan restait chef à vie. Son autorité ne souffrait aucune contestation car elle venait des Anciens. Tant que le roi avait leur faveur, il jouissait du pouvoir à vie. Le pouvoir confère l’autorité et tous les droits. En revanche, le roi perdait le pouvoir, si les ancêtres se détournaient de lui. Dans ce cas, le chef déchu tombait sous le coup de la malédiction, comme dans le récit du roi Saul, roi des Hébreux6. Ce mysticisme autour du pouvoir fonctionne encore dans l’Afrique actuelle.

Mais, en Afrique, il y a une autre spécificité liée au pouvoir : le président de la République incarne aussi la puissance et la domination de son clan et de son ethnie sur les autres. Et comme les rapports sont souvent tendus entre ethnies, la pression y est très forte, totale même au nom de la défense du groupe ou d’un meilleur service du groupe.

Les deux schémas sont les suivants : se maintenir au pouvoir par la volonté et la puissance de la françafrique, ou s’y accrocher pour le prestige que confère le pouvoir à soi et au groupe.

Dans les deux cas, on obéit au même schéma traditionnel : incruster dans les consciences l’idée d’un pouvoir à vie.

Restait à tirer la conclusion, à savoir que la démocratie n'est pas un exercice aisé. Par conséquent, ces politichiens7 se convertissent à la démocratie pour jouer au démocrate doux comme un agneau et dans cette comédie, ils voient le moyen d'accéder au pouvoir, car malgré tout, il y a des ‘’cons’’ pas assez avisés qui croient en la race de ces politichiens. Alors une fois au pouvoir, la nature ayant horreur du vide, la tyrannie qui les caractérise reprend le dessus et le démon est obligé de sortir de sa cachette.  Lorsque le peuple s’en rend compte, il est déjà trop tard.

L'Histoire nous enseigne qu'en Afrique, plus qu’ailleurs, le chemin qui mène au pouvoir est pavé du sang de nombreux innocents. Les Africains devraient se rendre à l'évidence que les démocrates sont une espèce très rare sur le continent. Ces hommes-là ne sont pas des politiciens, quel que soit le sens qu'on donne à ce mot. Le mot politique est trop élevé pour eux. Aux Africains de se méfier des ennemis du peuple et autres amis de la françafrique incapables de dessiner un modèle économique pour l’Afrique. 





 

1 Le président Tsombé du Congo kinshassa, expulsera des centaines des personnes originaires du Congo Brazzaville

 

2 Néologisme

 

3 Genèse 25, 29-34. p 55

 

4  La politique du ventre de  J-F. Bayard

 

5 Organisation des Nations-Unies

 

6 Bible, premier livre de Samuel 15, 10-23

 

7 Néologisme : politicien indigne

 

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Published by Brice MATINGOUT - dans MES PENSEES
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