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  • : Ce blog traite des causes endogènes et exogènes liées à la pauvreté de l'Afrique. Il fait par ailleurs un pont entre l'Afrique et la France: la françafrique.
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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 19:53

 

 

 

 

L’AFRICAIN : ENTRE NEGATION ET AFFIRMATION IDENTITAIRE

 

 

 

« Dans l’affection que je vous porte il y a trop de passé pour qu’il n’y ait pas beaucoup d’avenir »

 Gérard de Nerval1









III-1 : DE L’ESCLAVAGE

Il est certain que l’arrivée des Européens dans différents coins du monde a largement bouleversé et détruit les autochtones. Ainsi, en Afrique tout comme en Asie et en Amérique, ils ont modifié la nature des rapports que ces peuples entretenaient entre eux d’abord, et entre eux et la nature ensuite. Dans la plupart des cas, ces bouleversements destructifs ont décimé des peuples entiers et des sociétés entières. Aujourd’hui, ces peuples ne se sont jamais remis et sont asphyxiés à tous points de vue. C’est la conséquence de l’occidentalisation imposée par les Français, les Portugais…

Toute l’histoire de la France esclavagiste et coloniale est une histoire d’aliénation des peuples non-occidentaux par le canal d’agressions et de violences dont l’objectif inavoué est l’expropriation et la spoliation ; en dépit des valeurs reconnues mondialement que ce pays véhicule qui se résument dans cet article célèbre : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits2 … », mais aussi celles de la République qui se résument en ces trois mots: Liberté-Egalité-Fraternité.

Pour les peuples non-occidentaux, la France d’avant et d’après la Révolution, est une France qui, en bafouant la dignité humaine, a donné aux opprimés, notamment aux Koongos3, une image dévalorisante d’elle-même.

 

Le cas du peuple Koongo

Les Koongos, habitants de l’Afrique centrale, sont répartis entre le sud-ouest de la République démocratique du Congo, le sud du Congo-Brazzaville, l’Angola et le sud du Gabon. A cause de l’esclavage, les Koongos sont également présents en Jamaïque, en Haïti, au Brésil, à Cuba etc. Aujourd’hui, il est presque impossible d’estimer leur nombre.

Les Koongos pré-Diégo Cao, avant le XVe siècle, avaient un royaume alors à son apogée, dont l’organisation sociale et politique, et surtout le raffinement de la cour du roi, seduisirent les premiers Européens. Administrativement, ce royaume comptait six provinces avec un représentant du Ntinu Koongo,4 Nzinga Nkuvu à leur tête. On estime à plus de 2 500 000 km2 la superficie du royaume. En effet, la première pénétration portugaise au royaume des Koongos remonte à 1482. La vie européenne allait s’introduire dans ce royaume et y subsister jusqu’en 1975, au moment où le Portugal se retirerait.

Quand on songe aux conséquences des contacts entre les Koongos et les Occidentaux dans leur ensemble on conclut que l’étoile du royaume a pâli à cause des souffrances que ces derniers ont infligées aux Africains. Ces souffrances sont responsables d’une crise vitale qui a précipité la décadence du royaume des Koongos en particulier, et de l’Afrique en général.

A leur arrivée, les Portugais disaient que leurs actions étaient strictement humanitaires. Une mission humanitaire à cette époque consistait à « christianiser » au sens second du terme, c’est-à-dire, modifier radicalement l’Etre. Or, modifier radicalement l’être, c’est lui ôter toute son existence,5 son identité et en l’occurrence sa négritude.6

Il en ressort très clairement que chez les Européens il y a eu la volonté manifeste d’occidentaliser l’Africain, de l’intégrer dans la ‘’civilisation supérieure’’ en l’arrachant à la ‘’sauvagerie’’7 dans laquelle il baignait. Pour arriver à leurs fins, la religion fut l’arme la plus efficace. Elle condamnait des valeurs chères au peuple Koongo tout en recommandant d’autres, qui le bannissaient. C’est ainsi qu’à partir de 1491, il y eut des conversions en masse. Des centaines des Koongos furent tentés par la nouvelle religion des Européens. Le roi des Koongos, Nzinga Nkuvu fut baptisé et prit le nom de Ndo Nzuawu.8

D’autres, par contre, seront sceptiques à la religion des Blancs ainsi qu’à leurs réelles intentions. Ils comprirent que le catholicisme aliène les Koongos en les détournant de leur identité pour une autre dont ils ne maîtrisent pas les données. Ils étaient sûrs que ces étrangers dépouillaient l’Africain de son identité, ce qui n’est pas différent de la négation de leur humanité.

Il y eu deux groupes d’hommes, deux conceptions, deux vissions du Monde : ceux qui acceptent les Occidentaux et deviennent catholiques, les ‘’collaborateurs’’ et ceux qui résistent et tiennent à leur ‘’identité nationale.’’ Ceux-là refusent tout mélange susceptible de cautionner la supériorité des Européens sur les Africains.

Ces querelles relatives à l’identité fragilisent l’unité du royaume. Aujourd’hui, cette problématique est encore au centre de toutes les questions liées au développement du continent africain. Il faut dire que l’Afrique noire était « mal partie »9 dès le premier contact avec l’Etranger. L’attitude ambiguë des uns et des autres face à cette question a creusé le fossé dans lequel l’Européen s’est introduit afin de mieux parvenir à ses fins : l’expropriation et la spoliation du continent africain. Ambiguë, telle fut aussi l’attitude de Nzinga Nkuvu qui malgré sa conversion, ne renonça pas à ses six femmes (soit une femme par province)10, ses croyances en Nzambi-a-mpungu11 et aux pouvoirs ancestraux. Les Occidentaux ne manqueront pas de lui reprocher son refus des valeurs véhiculées par le christianisme. Cette remarque sera à l’origine d’un incident qui obligera le roi à les expulser hors du royaume avec le soutien de son fils aîné, Mpanzu-a-Nzinga prétendant favori à la succession. Tous les Etrangers furent chassés du royaume. Tous trouveront l’asile dans la province dirigée par le fervent chrétien Mvemba Nzinga, baptisé Afonso 1er, deuxième fils du roi, en dépit du mécontentement de Nzinga Nkuvu.

En 1518, à la mort du Ntinu Nzinga, les Portugais assassinent le fils aîné hostile à toute forme de relations avec le Portugal. Mvemba Nzinga, largement influencé dès son enfance par le christianisme, devint roi. Ce complot renforça la division du royaume et l’affaiblissement des pouvoirs du Mani Koongo. Face à la menace des groupes opposés à l’Eglise catholique et à la présence missionnaires, Nvemba Nzinga trouve protection parmi les prêtres commerçants qui deviennent de plus en plus nombreux à la cour du roi. Afonso 1erperd alors le contrôle du pouvoir et du vaste royaume au profit des missionnaires qui s’attribuent des postes importants au détriment des autochtones. Dès lors, le royaume était sous administration des étrangers.

C’est à cette époque que les Portugais imposent le christianisme au peuple Koongo. Au nom du christianisme, les Occidentaux détruisent les coutumes ancestrales : les enseignements divins transmis par des ancêtres depuis des siècles. Cette pratique met au jour leurs réelles intentions : détruire l’identité des Koongos en premier lieu et les « chosifier », et même les réduire au rang des bêtes. Ils s’acharnaient à faire des Africains ce qu’ils n’étaient pas. Ainsi, les Occidentaux se sont-ils octroyé le droit de disposer des Koongos et de leur liberté, de faire d’eux un objet de commerce, de les vendre. Tandis que d’autres Occidentaux Outre-Atlantique s’octroyaient aussi le droit de les acheter pour disposer d’eux et les réduire en esclavage : le commerce de la chair humaine prenait naissance.

Afonso 1ertentera de résister en écrivant au roi Jean III du Portugal pour lui demander de mettre fin à cette pratique. Il reçut une réponse cynique et les relations entre les deux royaumes s’envenimèrent. Tous les ingrédients étaient réunis pour que le commerce des Koongos vers les Amériques prenne de l’ampleur. Derrière un missionnaire qui était venu apprendre aux Africains qu’ils étaient tous frères en humanité pouvait se cacher un commerçant d’hommes, de la même façon que peut se cacher un pédophile derrière un prêtre.

En somme, la christianisation et l’esclavage du peuple Koongo sont à l’origine de la dislocation du royaume. Mais, au-delà de ces deux aspects, il y a la question de l’identité, de l’ensemble des valeurs. Quand un peuple perd son identité, il devient manipulable et donc exploitable au gré du puissant. Et cela, les esclavagistes l’avaient compris. Les différents rois qui vont se succéder à Mbanza Koongo,12 tous catholiques, seront intronisés par des Occidentaux. Ce sont aussi les Occidentaux qui se chargent d’assurer leur sécurité, car au sein du royaume certains groupes ne tolèrent pas ces rois complices.

Le Koongo restera le plus important comptoir portugais. Les sujets koongos étaient très cotés sur le marché. Au début, Mpinda13 vendait entre 10 à 20000 hommes par an ; il faut ajouter à ceux-là les 5 à 10000 qui succombaient à la suite des maltraitances. Grâce à ce trafic qui viole tous les droits de l’homme, le Portugal va connaître un essor économique important, et ce succès attisera la convoitise des Français, Anglais et Hollandais.

Ainsi, en 1602, Mpinda fut attaqué par la flottille française. En 1606, les Hollandais essaient de s’y établir. Mais, les Portugais réussiront à repousser Français et Hollandais. Ils conserveront le monopole de la traite jusqu’à la fin du XVIIe siècle.

En 1648, le Portugal est en déclin, ainsi les Hollandais obtiennent-ils le droit de s’y installer et de pratiquer le trafic des Koongos après avoir rasé Mpinda. Ils seront suivis par les Anglais.

Fortement affaibli par la dépopulation, le royaume des Koongos se disloqua, chaque province sous tutelle portugaise, britannique, ou libre, devenant indépendante.

C’est dans ce contexte que l’impudence des Portugais a atteint un degré extrême en livrant la bataille d’Ambuila14 en 1665. En effet, les forces portugaises en provenance de l’actuelle Angola, c’est-à-dire des zones conquises, accompagnées des troupes soumises furent en mesure de vaincre les forces du roi Antoine Ier, l’animiste, non soumis à l’Eglise catholique et à l’Occident. Cette bataille a fait des milliers de morts, à la suite d’une épuration des résistants au catholicisme. La tyrannie monstrueuse des esclavagistes venait de décimer le peu qui restait des défenseurs des valeurs Koongos. Tous les polygames et tous les féticheurs ainsi que leurs enfants furent tout tués et leurs maisons incendiées. 1665 marque le pic de la violence et de la décadence du royaume. Le désarroi fut total jusqu’à l’arrivée des Français qui étendent leur influence vers Louango (actuelle Pointe-Noire) et Malemba. Cette bataille a réduit à un état de misère accablant qui a mis les Koongos dans l’incapacité de se relever. La cause de cette malheureuse position vient du non- respect de l’humanité et de l’identité des Africains.

Le début du XVIIIe siècle, sous le règne du roi Pedro IV, connaîtra une tentative de restauration du royaume grâce aux Antoniens.15 En effet, le retour des résistants, sur la scène politique du royaume répond au souci de rebâtir l’unité du royaume. Dona Béatrice connue sous le nom de Kimpa Nvita,16 âgée à peine de vingt ans, « entendit la voix de Saint Antoine » lui recommandant de rétablir le royaume ainsi que l’autorité du roi afin de sauver les Koongos du joug des étrangers. Ainsi, à partir de 1704, plus de 80 000 Koongos venus de toutes les provinces fédèrent autour d’elle à Mbanza Koongo longtemps déserté. Elle prêche sur l’identité des Koongos. Des milliers des personnes converties au catholicisme rejoignent son groupe. Pour la première fois depuis bien longtemps, le peuple, sans distinction de province, criait et acclamait, chantait et dansait, riait et pleurait joyeusement. L’enthousiasme général les gagna. La foule scandait les cris de liberté. Kimpa Nvita était devenue une menace qui pouvait conduire à la chute de l’Eglise et mettre en péril la traite négrière. Les Portugais sentant grandir la menace liée aux revendications identitaires des opposants, capturent Kimpa Nvita. Elle fut brûlée vive sur un bûcher le 2 juillet 1706. Mais, ses nombreux adeptes trouveront dans son action un motif de continuer le combat pour la libération de l’Africain. Dorénavant, confiant dans le soutient spirituel de Kimpa Nvita, ils lutteront pour briser l’ordre établit afin de redorer le blason terni de la négritude. A partir de 1706, les nouveaux esclaves Koongos – dans tous les lieux où ils sont vendus - se révoltent et revendiquent leur liberté. La question de la liberté des peuples s’associe avec force à celle de la reconnaissance de leurs valeurs et de leur dignité.

En France depuis 1751, Montesquieu, d’Alembert et de Jaucourt créent l’Encyclopédie, où les idées des « Lumières » sont exprimées. Diderot par exemple écrira : « La liberté est un présent du ciel, et chaque individu de la même espèce a le droit d’en jouir aussitôt qu’il jouit de la raison». Ces idées circulent dans toute la France et traversent les frontières. Au nom de la liberté, les Français soutiendront les treize colonies d’Amérique du Nord qui revendiquent leur indépendance contre la couronne britannique. C’est grâce à la France qu’elles sont devenues indépendantes par le traité de Versailles en 1783.

Malgré la diffusion des idées de liberté dont les Français sont porteurs, dans les colonies et dans les comptoirs les conditions se durcissent, car les Français devenus maîtres dans le royaume des Koongos, exporteront près de 40000 esclaves en 1778.

En France, en 1789, les ‘’Misérables,’’17 ceux qui sont nés pour la peine, les plus vils du bas peuple, après d’âpres luttes renversent la monarchie absolue fondée sur la privation des droits et de liberté pour la majorité des Français. La Révolution de 1789 hisse la France au rang des nations où la liberté, l’égalité et la fraternité deviennent des valeurs autours desquelles l’homme s’affirme et s’épanouit.

Le respect des valeurs des uns et des autres sur la base de la liberté et de l’égalité de tous devient le leitmotiv de certains révolutionnaires. En effet, l’esclavage est officiellement aboli en Février 179418 sur tous les territoires français. En procédant de la sorte on reconnaissait chez les peuples africains humanité et identité. Malheureusement cette abolition n’a pas été effective dans plusieurs colonies comme la Réunion et la Martinique. Par ailleurs, en 1802, Napoléon rétablit l’esclavage ;19  ce qui occasionnera la mort de plus 4000 esclaves en Guadeloupe révoltés contre le retour à l’asservissement qui bannit jusqu’au droit à l’existence. Ce recul peut être compris comme signant la suprématie des intérêts économiques sur les droits humains, ce qui, au fond, replongeait les Africains au rang des sans-droits.

Dès lors, les esclaves comprirent que ce n’est pas par les discours et les votes que la question de leur liberté sera résolue, mais par le fer et le sang. Cette certitude contraint les esclaves émancipés à recourir à la violence. Il y eu une recrudescence des révoltes d'esclaves dont le nom des leaders connut une éclatante postérité. Parmi ces révoltés un fils Koongo adepte de Kimpa Nvita, Makandala,20 chef des insurgés à Saint-Domingue. En effet, des nombreux Koongos furent vendus au Nord d’Haïti. Les révoltés21 infligèrent une défaite cuisante à l’armée napoléonienne, la plus puissante de l’époque. Cette révolution donna naissance à la première République noire de l’Histoire. Pour la première fois, les Africains bravent la France, pourtant partisan de la « Liberté-Egalité-Fraternité », afin d’être tout simplement libres, comme le stipulait l’article I des Droits de l’homme,22 écrit par ces mêmes Français, que les meneurs haïtiens comme Toussaint Louverture connaissaient certainement. La République d'Haïti, proclamée en 1804, devient alors le deuxième État indépendant du continent après les Etats-Unis, et les conséquences d’une telle initiative, les Haïtiens les paient encore aujourd’hui. Il est certain qu’ils gardent encore les séquelles d’un tel traumatisme comme tous les peuples opprimés d’ailleurs. Ce sont aussi les Koongos haïtiens qui ont aidé Simon Bolivar dans sa lutte contre les Espagnols. Ces troupes s’élancèrent en 1816 à partir du port de Jacmel. Elles renversèrent le joug colonial espagnol des cinq pays d’Amérique latine.

A Cuba, 300 né-Koongos sont vendus en 1513. Dès 1520, les Quilombos23(communautés indépendantes des Noirs) se rebellent contre l’ordre esclavagiste. Pendant la guerre d’indépendance de Cuba, guerre hispano-américaine, ce sont des Koongos qui se sont illustrés, tels le légendaire « Grito24 de Yara », Mariano Ganga, Domingo Macua, Felipe Macua, Mayimbé José Dolores, Ambrosia Congo, Felipe Ganga, Lorenzo Ganga et Ma Dolores Inzaga. C’est aussi là qu’est né le Palo Moyombe, une cérémonie où les Tatas, adeptes mâles et les Yaya, adeptes femelles côtoient les esprits, en présence de Tata Nganga.25

C’est aussi pour tenter de ‘’rétablir’’ leur identité bafouée que les Koongos arrivés à l’Est de la Jamaïque26 au XVIIIe siècle ont conservé leur rythme musical qui s’appelle Kumina ou Kodongo, dont l’instrument principal est le Ngoma27, utilisé pour invoquer les esprits des ancêtres proches de Kimpa Nvita. Le musicien jamaïcain Natty Kongo28 incarne l’âme vivante de cette culture.

En 1705, les Koongos furent les premiers esclaves noirs du Brésil où ils ont donné naissance à la samba avec comme fondateur Dongo connu sous le non de Ernesto Joaquim. Un autre koongo, Zumbi sera le premier leader du mouvement de lutte pour la liberté des Noirs au Brésil. Il faut associer à cette lutte Manganga et Bimba, adeptes de Kimpa Nvita. Par ailleurs, les religions Quinbanda et Macumba sont teintées des influences de la négritude Koongo.

Dans la Caroline du Sud en 1670, 60% d’esclaves étaient des né-Koongos qui vont plus tard se convertir à la religion de Kimpa Nvita afin de mieux se réapproprier leur identité. Ils auront des qualités mystiques.29 Un esclave Koongo nommé Jemmy fut à la tête d’un mouvement « The stono rebellion of 9 September 1739.» Ce soulèvement est considéré comme le plus grand soulèvement d’esclaves dans toute l’Histoire de l’Amérique du Nord. Ces esclaves, afin de recouvrir leur liberté, avaient attaqué une cache d’armes. Il y avait parmi eux bon nombre qui s’étaient battus durant la guerre de Mbamba.30 Ils semèrent la terreur, brulèrent des maisons.31 Ces esclaves se rendirent en Floride, lieu de refuge, où les colons espagnols leur donnèrent des terres. Ce fut la naissance de Santa Teresa de Mose, la première ville des Noirs libres dans toute l’Histoire de l’Amérique du Nord. Plus tard, les Espagnols utiliseront, ces nés-Koongos, comme gardes-frontières de la Floride.

C’est à partir de la révolution de Stono que les colons de l’Amérique de Nord cessèrent d’importer des esclaves Koongo, et décidèrent qu’ils seront compensés par des esclaves de l’Afrique de l’Ouest. Cela durant une dizaine d’années. Ce sont les Français qui reprendront l’importation des esclaves Koongos pour le compte de la Louisiane.

D’autres Koongos, mèneront leurs luttes de libération au Mexique, Pérou, Venezuela, Colombie, Argentine, Surinam avec une détermination héritée de la source, le mont Kibangou32.  

Les éléments d’identification et fédérateurs de tous les Koongos, se rapportent à la doctrine de Kimpa Nvita, défenseur des valeurs des Koongos, et des Africains. C’est à juste titre qu’elle est considérée comme l’âme des luttes pour la libération des Koongos, elle a allumé le feu jamais éteint de l’espérance et de la lutte contre la domination des Occidentaux sur l’Africain.

Toutes les luttes de libération sont l’expression d’affirmations, de revendications, de reconnaissance d’identitaire. Un peuple opprimé est un peuple frustré et privé des ses éléments culturels, ses fondamentaux. Dès l’instant où celui-ci prend conscience de son état, il cesse de se conformer à l’ordre soit par la violence contre ses usurpateurs soit de façon pacifique. Dans les deux cas, l’usurpateur d’identité n’a jamais la sympathie du groupe. Il est l’ennemi, car la liberté est une valeur intrinsèque à l’homme, elle est ce que « l’homme acquiert par la nature et qu’on estime le plus précieux de tous les bien qu’il puisse posséder.»33

Par ailleurs, la soif de justice sociale oblige à voir l’autre, dans sa dimension culturelle, et la continuité de sa propre existence. En ce sens, les nations évoluées sont celles qui sont intransigeantes sur la liberté.

Il est un fait indéniable : la France a dépensé beaucoup d’énergie dans l’acte de contaminer ou de tenter d’influencer ses voisins européens à propos des Droits de l’homme. C’est en partie le sens des guerres napoléoniennes qui se terminaient en cas de victoire par la mise en place du Code civil français dans les territoires occupés.34 Et pourtant, c’est l’Angleterre qui abolit la première l’esclavage en 1807, en faveur des valeurs véhiculées par la Révolution française. Elle sera suivie par les Etats du Nord des Etats-Unis en 1808, même si les contrebandiers la poursuivent clandestinement pendant plusieurs années.

C’est tout le paradoxe de la Révolution française qui marque les peuples occidentaux et exclut les non-Occidentaux du droit de jouir de la liberté et de la justice.

En 1815, après la guerre de Cent-Jours, Napoléon pour se concilier les Anglais accepta par la contrainte l’idée d’abolir l’esclavage des Noirs. Sa décision fut confirmée par le traité de Paris le 20 Novembre 1815 et par une ordonnance de Louis XVIII,  le 8 janvier 1817. Cette démarche ne connaîtra aucun succès, car l’opposition des armateurs et contrebandiers, soutenus par des groupes puissants et même certains politiques qui avaient investi dans ce commerce, était trop vive.

Dans les colonies anglaises, l’abolition est effective en 1833 et en 1835 dans les colonies Portugaises.

Il y a pourtant une découverte spectaculaire qui va changer le cours des choses en France principalement. Il s’agit de la découverte de la betterave en 1747 par le scientifique allemand, Andreas Marggraf qui démontra que les cristaux sucrés obtenus à partir de cette plante étaient les mêmes que ceux de la canne à sucre. A partir de 1801, les premières sucreries industrielles étaient construites en Europe. Les différents gouvernements français qui cherchaient une alternative au sucre de canne ont soutenu le développement des meilleures variétés et des meilleures techniques d'extraction. C'est ainsi que le sucre de betterave devint une culture rentable. La maîtrise du raffinage de la betterave sucrière supprima le recours à l'esclavage dans les champs de canne à sucre. Ainsi, les esclavagistes français qui se repliaient   derrière des arguments économiques, la prospérité de la France ainsi que sa position dans le concert des nations étaient contraints d'envisager la libération des Noirs qui devenaient de moins en moins rentables par rapport à la betterave.35

C’est dans ces conditions que la France a aboli officiellement l’esclavage dans ses colonies en 1848, sous la deuxième République, par un décret de Victor Schœlcher.

Officiellement seulement, car en 1850, plus de 50 000 Koongos sont stockés dans des entrepôts le long de l’embouchure. Ce qui attire l’attention, c’est le fait de constater le peu d’écart entre 1848 et 1865, date pendant laquelle les États du Sud des Etats-Unis abolissaient l’esclavage, suite à la guerre de Sécession.

Si pour l’Etat français, le problème lié au sucre était résolu, ce ne fut pas le cas pour certains propriétaires de plantations pour qui l'affranchissement entraînait des faillites. Nombre d’entre eux seront obligés de se convertir dans d’autres domaines économiques. Certains encore, vont tout simplement développer la traite clandestine par le Brésil en relation avec des négriers toujours présents en Afrique avec leurs lots d’esclaves. En 1877, 20 000 esclaves, ligotés furent trouvés morts par noyade après que le bateau eut échoué. Il est presque sûr que ce bateau devait se rendre sur les côtes brésiliennes.

Je ne suis pas en mesure de prouver que ces clandestins travaillaient pour le compte de leurs Etats. Ce dont je suis sûr, c’est que de nombreux hommes politiques y étaient actionnaires. Et tant qu’il y avait pas d’alternative pour les négriers qui refusaient de revenir en Europe, ce commerce n’était pas près de s’arrêter quelle que soit la nature des contraintes.

Ces abolitions multiples  n'eurent donc pas d'effet, tant que les intérêts économiques en jeu restaient importants, voire énormes.

Mettre fin à l’esclavage, c’est trouver des alternatives pour des nombreux commerçants présents sur le continent comme le témoigne les propos de Thomas Fowell Buxton en 1840 : « Rien ne m'ôtera la ferme conviction que l'Afrique peut trouver dans ses ressources propres de quoi compenser largement la perte du commerce des esclaves… Un commerce légitime ferait tomber le commerce des esclaves en démontrant combien la valeur de l'homme, ouvrier agricole, l'emporte sur celle de l'homme marchandise ; conduit d'après des principes de sagesse et d'équité, ce commerce pourrait être le précieux ou plutôt le fidèle ministre de la civilisation, de la paix et du christianisme.»36

C’est, forts de cette conviction, que les abolitionnistes se rendent sur le continent africain.

 La lutte contre l'esclavage permit aux puissances coloniales, le Royaume-Uni et la France, auxquelles s’adjoindront d’autres pays comme l’Allemagne ou la Belgique, de justifier leur pénétration en Afrique. Avec trois objectifs :

  • Convaincre les négriers que le commerce de la chair humaine n’est plus rentable, comparé aux risques encourus : la colonisation serait un meilleur substitut. En effet, la lutte contre les négriers entraîna le développement de relations plus grandes des marines britanniques et françaises sur les côtes africaines pour débusquer les sites et navires négriers, qui poursuivaient clandestinement la traite à destination du Brésil.

  • Convaincre les royautés africaines de placer leurs territoires sous la protection des puissances européennes contre les négriers toujours aussi forts et puissants.37 Certaines d’entre elles acceptèrent librement. Mais, d’autres opposèrent une résistance, elles y seront contraintes au prix du sang. Ainsi, cela ouvrit-il la voie à la ruée des grandes puissances européennes, durant le dernier tiers du XIXe siècle pour s’accaparer le maximum de territoires et de richesses sur le continent africain. L’acharnement sera tel qu’il a provoqué des conflits entre Européens. Heureusement la conférence de Berlin sera organisée en 1884 pour fixer les règles du jeu colonial en Afrique. C’est aussi à la même occasion que l’Afrique sera morcelée entre diverses puissances européennes. Et c’est de ces frontières que l’Afrique indépendante va hériter.

  • Instaurer la colonisation, un autre commerce qui, d’après les mots de T.F. Buxton, pourrait être le précieux ou plutôt le fidèle ministre de la civilisation, de la paix et du christianisme. 

 

1 Cité par Colas I.

 

2 Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, article 1

 

3 Groupe ethnique du peuple Bantu. L’orthographe kongo est couramment utilisée, mais du point de vue linguistique, koongo est mieux indiqué

 

4 Roi des Koongos

 

5 Ce qui compte pour son existence

 

6 Ensemble des valeurs culturelles et spirituelles propres aux Noirs

 

7 Celui qui vit en dehors des règles européennes

 

8 Qui signifie les Portugais sont chez eux

 

9 Titre d’un ouvrage de R. Dumont, l’Afrique noire est mal partie

 

10 Pour assurer l’égalité de traitement des provinces, le roi prenait une femme dans chacune qui plaidait en faveur de sa province auprès du roi

 

11 Les Koongo croient en un Dieu unique avant l’arrivée du christianisme

 

12 Capitale du royaume que les Occidentaux nommeront San Salvador

 

13 Comptoir installé le long de l’embouchure Kongo

 

14 Province indépendante non contrôlé par les Blancs

 

15 Adeptes de Kimpa Nvita

 

16 Cette jeune dame dont les exploits rappellent ceux de J. D’Arc fut brûlée au XVIIe siècle par les Occidentaux à cause de sa rébellion. Son nom signifie « celle qui délivre des forces du mal » : la sorcellerie et les Blancs. Sa religion prêche le Jésus noir et les saints Kongos

 

17 Victor Hugo

 

18 Lors du débat à la Convention des Montagnards, décret abolissant l’esclavage le 4 février 1794

 

19 Décret rétablissant l’esclavage des Noirs dans les colonies (20 mai 1802) signé par Abrial, ministre de la Justice

 

20 Ce nom a été déformé en Mack dal par les Occidentaux

 

21 Les témoins ont entendu les révolutionnaires haïtiens chanter en kikongo « KANGA MUNDELE, KANGA NDOKI » (brise la puissance des Blancs, brise la puissance des sorciers), une prière de Kimpa Nvita.

 

22 Les Droits de l’homme, 1789

 

23 Est un mot koongo traduction village

 

24 Cri de Yara

 

25 Grand connaisseurs des esprits

 

26 Il s’agit des Kongos nations ou Bongo nation

 

27 Tam-tam

 

28 www.congonattymusic.com

 

29 John Thornton, the Congolese saint antony, chap 9, Cambridge University, press 1998

 

30 Province du royaume des Koongos

 

31 Ils furent identifiés Koongos à partir de leurs cris « lukangu » (enchaîner ou libérer). Cf. Maegaret Washington stono révolution

 

32 Le mont Kibangou arrosé par 5 rivières est le village originaire de Kimpa Nvita. Cet endroit était sacré à cause des rivières car il constitue la frontière entre le monde réel et le monde invisible. C’est là que Kimpa Nvita fut visitée par Saint Antoine.

 

33 De Jaucourt

 

34 Lettre de Napoléon 1er à son frère Jérôme, 15 novembre 1807

 

35 Chapman

 

36 Buxton T.F.

 

37 Savorgnan de Brazza P.

 

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Published by Brice MATINGOUT - dans HISTOIRE
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