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  • : Ce blog traite des causes endogènes et exogènes liées à la pauvreté de l'Afrique. Il fait par ailleurs un pont entre l'Afrique et la France: la françafrique.
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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 12:44
FAO: les progrès de l'Afrique réduits à néant ?
[ ENVIRONNEMENT - AFRIQUE - PAUVRETE ]
 
 
 

Tous les progrès réalisés par l'Afrique en matière de lutte contre la pauvreté et de sécurité alimentaire pourraient être annulés par le changement du climat.

FAOD'après l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'
agriculture (FAO), la principale conséquence de la hausse des températures et de l'imprévisibilité croissante du climat serait un recul probable des rendements agricoles (- 6,9 % dans le cas du maïs, une denrée vivrière de base).

Un document exhorte notamment les gouvernements africains à "accorder la priorité à des mesures ciblées sur l'essor de l'
agriculture et la gestion durable des ressources naturelles".

Un tiers de la population africaine vit dans des zones sujettes à la sécheresse et sur les dix plus grandes villes d'
Afrique, six sont situées sur le littoral. Et il semblerait que ces deux typologies soient vulnérables aux changements climatiques.

Le dérèglement du
climat touchera les pays africains les plus pauvres de façon disproportionnée, et les plus lourdes répercussions se feront sentir sur leurs habitants les plus démunis, selon la FAO. L'adaptation au changement climatique par des pratiques durables, notamment la promotion et la protection des aliments traditionnels et locaux et des savoirs agricoles, devrait constituer une priorité, affirme un document.

ource: FAO

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Published by Brice MATINGOUT - dans PAUVRETE
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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 13:38

 

 

 

III-3 : LES INDEPENDANCES ET LA  ‘’FRANCAFRIQUE’’

Photob 001Les indépendances africaines doivent être comprises comme une période charnière entre la colonisation et la françafrique. Elles se situent entre 1958 et 1975 avec l’indépendance de l’Angola, colonie portugaise. Il est intéressant d’examiner de plus près comment l’Européen en quittant l’Afrique avait piégé le terrain afin d’y revenir sous une autre forme mais avec la même intention : l’exploitation économique du continent au détriment des populations locales.

Les indépendances des pays africains précipitent le départ des colons vers leurs pays d’origine. C’est donc aux Africains de prendre en main le destin du continent. Certainement, ils en ont la volonté et sont tous enthousiastes : pour la plupart, ils ont fréquenté l’école des Blancs, certains sont mêmes plus blancs que les Blancs. Tout de suite, ils doivent agir. Or, l’indépendance exige les moyens pour exister et résister.

Mais dans quel état sont-ils, eux et les populations au lendemain de la ‘’ fin’’ de la colonisation ? Quel est l’héritage de la colonisation ? Cet héritage est-il une chance ou un poids pour ces jeunes Républiques ?

Pour les nouveaux dirigeants, la question la plus ardue était de savoir comment créer les conditions pour un développement autocentré qui soit avant tout au service de la population. Les structures économiques laissées par les Occidentaux obéissent à l’économie extravertie, c’est-à-dire, qu’elles devaient avant tout servir la métropole. En effet, durant toute la colonisation, les Occidentaux ont forcé des populations locales à travailler dans de grandes plantations de produits d’exportation (cacao, de canne-à-sucre, café, caoutchouc, banane…). Tous ces produits sont transformés en Europe. Donc, tout le système mis en place, ainsi que les infrastructures (routes et voies ferrées..) obéissaient à cette logique.

Il est aussi important de noter que le développement de l’agriculture industrielle s’est fait au détriment de l’agriculture vivrière, car de moins en moins d’Africains travaillent dans leurs propres exploitations agricoles. Par conséquent, s’est développée déjà une forme de dépendance alimentaire. Car les populations, retenues dans des plantations, loin de chez elles, sont nourries essentiellement avec les aliments importés d’Europe. La consommation de tsamba1, par exemple, est largement réprimée au profit des boissons européennes. Créer de nouveaux besoins, imposer un nouveau mode de consommation et maintenir la population dans la dépendance étaient entre autres, les objectifs des colonies considérées comme d’excellents débouchés par le colonisateur.

Donc, pour les nouveaux dirigeants, la tâche est rude et presque perdue d’avance, car ils n’ont pas les moyens financiers de transformation des produits agricoles et de modification des besoins de consommation.

Comment stopper en un si bref laps de temps la dépendance sous toutes ses formes que les Occidentaux ont érigés durant des siècles ? Pour ces nouvelles Républiques, l’impasse est totale. Face au verrouillage du système imaginé et conçu par les Européens, les cris de joie se transforment en cris d’amertume. Il faut l’avouer, on ne pouvait pas du jour au lendemain s’installer à la tête d’un système, sans en connaître les codes. Quelle qu’ait pu être la bonne volonté tout ne pouvait que crouler. Et les seuls qui connaissaient ces codes, les Blancs étaient revenus en Europe.

Ce n’est donc pas un hasard si les pays qui ont eu la vie sauve dans les trente années qui ont suivi l’indépendance, sont ceux où les dirigeants étaient assez lucides et avaient gardé les colons sur place en tirant un trait sur le passé colonial. C’est le cas du Gabon et de la Côte d’Ivoire. Les autres pays ont tout simplement sombré.

Dans les pays qui sombrent, il y a, sans qu’on le dise réellement, la nostalgie du passé, le passé avec le colon. Comment aurait-il pu en être autrement étant donné que psychologiquement la dépendance, même refoulée, ne pouvait que refaire surface. C’est tout le mécanisme du conditionnement qui fonctionne tel qu’il avait été prévu par le colon. C’est là qu’il est capital de se pencher sur un point qui a échappé à nos pères : l’identité ou l’identité nationale.

L’esclavagiste, puis le colonialiste, pour exploiter au mieux l’Africain avait commencé par détruire son identité, ce qui le caractérise, ce à quoi il croit (ses puissances, ses réflexes, sa mentalité, toutes ses capacités, ses valeurs, ses dieux…) en un mot, son monde. Même nos premiers présidents sans le savoir étaient en dehors de leur monde. Dès l’instant où le ‘’logiciel’’ de l’homme noir avait été détruit et remplacer par la pensée occidentale, toute stratégie inventée n’était plus naturelle pour l’Africain. Par conséquent, nos pères voulaient bâtir un nouvel avenir pour le continent mais avec un logiciel occidental. C’était voué à l’échec. Mais, le savaient-ils ? Sans doute non. L’Africain est entré contre son gré dans « le monde des Blancs » et a été condamné à penser comme lui : il n’y a pas de doute, sur ce terrain, c’est le propriétaire du ‘’logiciel’’ qui sera gagnant.

Après les indépendances, le premier devoir aurait été la remise en cause du monde des Blancs dans lequel les Africains étaient et qui ne leur appartenaient pas. Cette remise en cause allait, en fait, aboutir à la reconquête d’un monde africain, tel qu’il devait être confronté au monde réel pour un développement intégral équilibré. Ceux qui ont mieux décelé le piège du système, les Asiatiques, s’en sortent. Et ceux qui n’ont rien compris, les Africains, s’embourbent dans un monde où tout est codé par les Occidentaux. Il reste un fait : l’Européen les avait cloisonnés dans un système tel qu’aucune tentative de remise en cause n’était possible. C’est ce que nous enseigne le mythe de la caverne de Platon : admirer les apparences avec la certitude qu’on est en face du réel. Le seul réel possible dans le cas de l’ancien colonisé c’était le monde tel que le colonialiste l’avait imaginé. C’est là qu’on voit toute la puissance de l’identité et la différence entre un peuple qui a perdu son identité et celui qui a son identité par le jeu d’orientation dans le monde imaginé ou imaginaire et le mode réel ou vécu.

Il ressort donc que très tôt, même fiers de leur indépendance, les Africains étaient dans l’attente psychologique du retour de l’homme blanc afin de déverrouiller un système complètement bloqué.

De leur côté, les Européens chassés du continent se retrouvent dans un système complètement nouveau, car depuis plus de cinq siècles leur structures économiques dépendent directement ou indirectement de l’extérieur. Sans compter toutes ces familles qui ne sont plus revenues en Europe depuis des siècles. Pour elles le déchirement est total. Il faut ajouter à cela tous les investissements réalisés et en cours sur le continent africain. Pour ces raisons, et beaucoup d’autres, les indépendances sont une sorte de blocus dont il faut se débarrasser, quel qu’en soit le prix.

Soit, il fallait négocier le retour : ce qui avait peu de chance de passer au niveau de l’opinion africaine trop fière de sa liberté nouvellement acquise. Soit, il fallait trouver des collaborateurs africains qui seraient au service des Etats européens. Mais pour que cela fonctionne, il fallait que les corrompus accèdent à la sphère du pouvoir. De fait, les puissances européennes mettent en place des stratégies pour parvenir à ces fins. C’est tout le sens de la françafrique2 qui consiste à embaucher quelques leaders africains à l’Elysée et à leur garantir un avenir politique dans leur pays, à condition qu’ils travaillent au profit des intérêts français ou occidentaux dans une soumission et obéissance absolues. Condition sine qua non pour demeurer au pouvoir. Le cas de Bongo, Houphouët, Mobutu, Sassou et autres sont trop connus.3 Mais nous connaissons aussi les cas de Sankara, Lissouba, Kabila et autres.4 Depuis plus de quarante ans, c’est le schéma que la France a mis en place ; peu importe si, pour cela, il faut s’asseoir sur les Droits de l’homme et l’indépendance des pays africains. Le triomphe de ce schéma a marqué le retour des Occidentaux sur le continent. Ce retour a sonné aussi la fin des indépendances des pays africains qui n’ont plus que leurs hymnes nationaux et leurs drapeaux.

Pour résumer, les colonialistes ont donné l’indépendance sans code indispensable pour le fonctionnement du système aux pays africains ; la françafrique a ôté l’indépendance tout en laissant les drapeaux et les hymnes. Si l’esclavagisme et le colonialisme sont des systèmes effroyables, la françafrique a adouci la violence, mais dans certains cas, elle alimente des nombreuses guerres civiles, responsables des massacres de populations.

 Les structures de l’économie extravertie existent encore et tiennent bien en place. Elles fonctionnent avant tout pour les Occidentaux. Elles tiendront encore pour longtemps, car la stratégie est de donner l’impression que les structures ont été modifiées. Elles tiendront encore longtemps tant que l’Africain fonctionnera avec un ‘’logiciel’’ qui n’est pas le sien. Ce ‘’ logiciel’’ qui vise à l’intégrer dans un modèle du développement imaginé et conçu pour les Occidentaux au nom de la mondialisation. En jouant sur ce terrain, c’est presque sûr, l’Afrique n’occupera que la dernière place sur l’échiquier international. Loin de comprendre cela, les dirigeants africains, conseillés par les Occidentaux qui ont la certitude d’avoir le modèle de développement le meilleur du monde s’acharnent à l’appliquer aux sociétés africaines. Nous savons qu’au nom de ces certitudes, des ravages on été enregistrés partout en Afrique et, en faisant du copier-coller, l’Afrique ne décollera pas. En un mot, le problème est avant tout culturel (identitaire), là où tout avait commencé. 

 

1 Boisson locale

 

2 Mot donné à la nature des relations entre la France et ses ex-colonies en Afrique, relation de pillage du continent et de corruption des dirigeants africains

 

3 Les Noirs de l’Elysée, titre d’un ouvrage de Calixte Baniafouna

 

4 Ceux qui ont tenté de dénoncer la Françafrique sont, soit assassinés, soit chassés du pouvoir

 

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Published by Brice MATINGOUT - dans FRANCAFRIQUE
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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 13:34

 

 

 

 

Photob 001L’identité nationale française est l’ensemble des valeurs portées par les « Lumières » et proclamées en 1789 qui se résument en Liberté, Egalité, Fraternité. Ce sont ces valeurs qui particularisent la Nation française dans sa complexité unie et dans son unité complexe. Mais, l’identité d’un peuple est mouvante, changeante, variable. L’identité n’est pas figée ; elle n’est pas un objet d’art que l’on enferme dans un musée. Elle ne se résume pas non plus à une carte d’identité. Elle est évolutive, elle se nourrit des différents apports venus de l’extérieur, s’enrichit au contact d’autres peuples soit, dans leur complémentarité, soit, encore dans leur différenciation. C’est donc de son hétérogénéité qu’un peuple évolué tire sa force. Et notre monde devait être la somme des échanges identitaires, si nous étions des êtres travaillés par toutes sortes de sollicitations et d’expériences acquises au contact d’autres cultures rencontrées ou simplement traversées. De toute façons, nous n’avons d’autres choix que de nous adapter car le problème du métissage se pose / s’impose, et ira croissant en s’accélérant sur les brèches créées par la mondialisation. C’est donc par la volonté générale des uns et des autres que l’émergence de la Nation sera possible. Mais une Nation n’est pas acquise définitivement, elle est une conquête permanente où chacun trouve sa place sans exclure les autres. La Nation est un espace où « les hommes sentent dans leur cœur qu’ils sont un même peuple lorsqu’ils ont une communauté d’idées, d’intérêts, d’affections, de souvenirs et d’espérances. Voilà ce qui fait la Patrie. La Patrie, c’est ce qu’on aime 1»

Tous comptes faits, la France est un bon projet qui peut-être ne se réalisera pas du fait des mentalités des uns et des autres qui s’excluent au lieu de fusionner. Dans ce cas, c’est la Nation qui sera en péril car :

- si le sentiment de vivre ensemble se révélait davantage un slogan qu’une réalité puisqu’ « une nation est…une grande solidarité.»2

- si les valeurs qui ne feraient plus rêver, ne l’emportaient sur les frustrations en lieu et place de l’affection.

Dans ces conditions les valeurs s’appauvrissent et disparaissent tôt ou tard, quel que soit le mode de vigilance mis en place. Ce fut le cas des anciennes et brillantes civilisations disparues par effet d’élimination naturelle. C’est à ce niveau qu’intervient le rôle, ô combien, déterminant de l’Etat dans un processus de dialogue véritable, prélude à l’avènement d’une France nouvelle que les Françaises  et les Français auront bâtie ensemble, à laquelle nous devons réfléchir. Or il n’y a pas de dialogue possible sans égalité entre tous et le respect mutuel ; il n’y a pas de respect mutuel possible sans que soit reconnu à chacun le droit à la différence. Il ne faudra donc pas qu’ après avoir intégré les « immigrés » à coup de résolutions et de décrets, qu’ils vous disent un jour, comme « ce chef indien de Capilanos en Colombie britannique, invité à réfléchir, avec d’autres congressistes, sur le développement de l’Arctique et l’avenir des sociétés esquimaudes : Viens et intègre-toi, c’est ce que vous dites. Mais comment venir ? Je suis nu et couvert de honte. Comment venir avec dignité ? Je n’ai pas de présence, je n’ai rien à donner. Qu’appréciez-vous dans ma culture-mon pauvre trésor ? Vous ne faites que le mépriser. Vais-je venir à vous comme un mendiant et tout recevoir de votre main toute puissante ? Quoi que je fasse, je dois attendre, me trouver moi-même, attendre que vous ayez besoin d’un quelque chose qui est moi. Votre aumône, je peux vivre sans elle, mais ma condition humaine, je ne saurais vivre sans elle. Peut-on parler d’intégration avant qu’il y ait l’intégration sociale, celle des cœurs et des esprits ?»3

Monsieur le Président, en attente de cette France souhaitée, celle qui intègre des cœurs et des esprits, celle du dialogue et de la Fraternité, je vous prie, d’agréez l’expression de ma profonde considération.

 

 

 

 

 

 

 

 

1 Op. – cit., p. 39

 

2 Renan E.

 

3 Texte de Nzudji M.K. in Ngoïe-Ngalla D. (2)

 

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 13:30

 

 

QUATRIEME PARTIE

 

Photob 001POUR UNE IDENTITE ACCEPTABLE ET RESPECTABLE

 

 

 

« Nous prétendons désormais vivre et mourir égaux comme nous sommes nés : nous voulons l’égalité réelle ou la mort [] Peuple, ouvre les yeux : reconnais et proclame avec nous la République des Egaux. »

 Manifeste des Egaux

 

 

 

 

Comment rendre la France  acceptable et respectable aux Français d'aujourd'hui et à ceux de demain, d'où qu'ils viennent ? C’est la seule question qui vaille la peine d'être posée et qui devrait être la préoccupation centrale des politiques. Vivre en France, c’est vivre dans un pays qui s’est donné des exigences de liberté, d’égalité et de fraternité. Dans ce cas, les individus, Français et étrangers, sont exigeants envers la République au titre de ses valeurs et de son idéal. C’est aussi au nom de ces principes que la France est critiquable au-delà de ses frontières. Il y a trois domaines d’action dans lesquels la France choque.

 

1-D’abord quand elle développe des inégalités et des injustices sur son territoire même.

Lors de la première et la deuxième guerre mondiale, il a fallu mobiliser des milliers d'Africains pour sauver la métropole contre l'Allemagne, l'ennemie de l’époque. Aujourd'hui, au nom de l'amitié franco-allemande soutenue par l'Union européenne, le Président Sarkozy fait surveiller les frontières européennes contre les Africains qui seraient tentés d’immigrer en Europe. L'Histoire a-t-elle un sens ?

 A la faveur des trente glorieuses, la France a fait venir des milliers d’immigrés africains en vue de contribuer à la reconstruction du pays. Et pourtant, ils ont été les premiers à payer le prix des crises économiques des années 1980 par le biais des expulsions massives.

L’image de l’Africain véhiculée par les politiques est celui d’un exilé de la famine africaine échoué en France, qui vit aux dépens des salariés français, blancs en l’occurrence. C’est à juste titre que l’Africain est traqué afin d’être expulsé. La morale la plus élémentaire voudrait qu’on leur fasse amende honorable plutôt que de les traiter en criminels. Les criminels,  en l’occurrence c’est la françafrique, qui pillent leurs terres, y mettent le feu et la guerre, les rendant de la sorte inhabitables par ceux-là mêmes qui ne souhaitent rien tant que d’y trouver un peu de dignité, à défaut des petits boulots étant donné que la migration africaine, « ce n’est plus une migration de travail mais plutôt de désespoir.»1 

C’est aussi le même type de discours qui est formulé contre les Arabes, un discours qui renforce les préjugés et alimente l’amalgame entre terroristes, musulmans, voile, burqa etc.

La conséquence, à n’en point en douter, est le rejet de l’autre, ce qui est toujours source de frustration.

De nombreux étrangers vivants en France depuis des années, - certains qui y sont nés - qui paient des taxes d'habitation, donc, qui participent au bon fonctionnement des mairies et des communes - sont tout simplement privés de droit de choisir  leurs élus. On leur refuse le droit de voter, un geste pourtant démocratique dans un pays démocratique. On leur refuse ainsi le droit de savoir ce qu’on fait ou ne fera pas de leur argent. A ce sujet, le président de l'assemblée, Bernard Accoyer2  a déclaré: « les Français ne sont pas encore prêts». Je fus abasourdi et je me suis posé la question : Qui a peur du vote des étrangers les Français ou les hommes politiques ? Chaque homme politique parle au nom du peuple français.  Or le peuple, c’est nous ! Et pourtant chacun parle en notre nom sans réellement solliciter notre avis. C’est l’effet de la peur de l’opinion. Or, un homme politique est celui qui ose, qui prend les risques qui propulsent la cité vers un idéal. Pour y arriver, il ne doit pas être prisonnier de l’opinion. Effectivement, si François Mitterrand avait eu peur de l’opinion, la peine de mort n’aurait jamais été abolie en France.

Chez les victimes de ces inégalités, il y a sans doute le rejet du pays à leur égard, ce qui peut se traduire chez l’individu par diverses réactions affichées ou masquées envers les symboles de la République, car l’homme n’aime que lorsqu’il se sent aimé.

La République prône l’égalité de traitement et devait se donner les moyens d’y parvenir dans tous les domaines de la vie, tant dans l’accès au logement que dans l’accès au travail. Par ailleurs, l’accès aux grandes écoles devait être possible pour tous les enfants de la République. Le fait de dévier ou de contourner le problème, n’arrange pas des choses. Il ne s’agit pas non plus de trouver des solutions sous le coup d’un fait divers médiatique. Mais bien au contraire, de résoudre une fois pour toutes le problème d‘inégalité de chances. L’égalité des chances devrait être une réalité et non un discours ; car de nombreux jeunes sont condamnés d’avance à l’échec. Or le courage politique et de vrais moyens sont indispensables pour les sortir du cercle infernal de l’échec. 

Par ailleurs il faut une politique de contraintes envers toute la société afin de créer des structures mixte dans lesquelles chacun peut se réaliser.

A cet égard, l’exemple des Etats-Unis devrait nous inspirer. En effet, grâce à la politique de l’«affirmation action », plus de 50% d’Afro-Américains ont un niveau de vie moyen, tandis qu’au moins 20% d’entre eux sont dans la haute sphère de la société américaine. L’élection de Barack Obama n’est donc pas un hasard. Par ailleurs, des nombreuses populations minoritaires qui se sentaient exclues se sont approprié les symboles de la République par le biais de cette élection.

La réussite des politiques de mixité devait favoriser la réconciliation et l’affirmation de la Nation française car il n’y a pas de nation sans fraternité.

 

2-Ensuite, quand la politique de la France ne dénonce ni ne condamne les inégalités, les injustices et l’oppression dans le monde.

Les capitalistes voyous continuent de nous exploiter à la même allure qu'au XIXe siècle. Mais cette fois, les règles sont tellement masquées qu’il devient presque impossible de s’en rendre compte. Ce qui est honteux et inhumain, c’est d’user de nous comme de vils instruments et de nous estimer qu’en proportion de la vigueur de nos bras.

90% de la richesse du monde est propriété exclusive des 10% d'habitants de la terre. 95% parmi eux  vivent en Occident. Pendant ce temps chez les « damnés de la terre », les forçats de la faim, un enfant meurt  de malnutrition  toutes les cinq minutes, dans l’indifférence la plus choquante. C’est là que les hommes politiques réunis en G83 ou G20 doivent intervenir pour atténuer les conséquences extrêmes liées à ces inégalités. Toute attitude contraire, si on n’y prend garde, conduirait aux revendications par la violence et revêtiraient des formes de sédition.

 

3-Enfin, quand la France elle-même est actrice des atrocités dans le monde.

           Aujourd'hui comme hier, les grandes sociétés industrielles continuent de polluer et à détruire l’équilibre du monde. Elles sont seules responsables de la destruction et de la mutilation de l'environnement qui explique chaque année des milliers d'éco-réfugiés dans le monde. C’est à eux, les pollueurs de payer le prix et pourtant le Président Sarkozy était prêt à faire payer la taxe carbone aux milliers de ménages déjà appauvris. Comble d'injustice ! Tant que les forts feront les lois, elles seront toujours en leur faveur.

Au nom de la liberté, la France a écrit l’article 1 de la Déclaration des Droits de l’homme. Au nom de la liberté, elle a contaminé d’autres peuples européens notamment avec le code civil de Napoléon. A cause des valeurs que prônaient la France, l’Angleterre a aboli l’esclavage en 1807 ainsi que l’Amérique du nord suivies par le Portugal et l’Espagne. La France patrie de la liberté, de l’égalité et de la fraternité n’a aboli ce commerce de la honte qu’en 1848. Je pense que lorsqu’on s’appelle la France avec des idéaux de 1789 on devait condamner la violation de ces droits et non y participer, pour finalement être les derniers à abolir officiellement l’esclavage. Officiellement seulement, car le colonialisme est l’autre image de l’esclavage. Et que dire de la françafrique qui n’est que la continuité du colonialisme ? Tout ceci me conduit à penser que la France a nié les Droits de l’homme chaque fois qu’il s’agissait des peuples non occidentaux et surtout quand elle avait des intérêts économiques en jeu. Elle a détruit les identités nationales, les valeurs africaines, elle a spolié, elle a exproprié. Quand on est la patrie des Droits de l’homme, on n’a pas le droit d’agir de la sorte. A moins qu’on me dise que l’Afrique est trop riche pour les Africains. 

Monsieur le Président, la Françafrique fait la honte de la République française. Elle pille, corrompt et elle assassine, c’est à ce prix que nos voitures roulent en France. Les Africains ont droit à un partenariat respectable susceptible de les aider dans leur marche vers le développement. Au lieu de cela, la France a mis en place une véritable machine qui fabrique des pauvres par milliers. Au centre du système, la françafrique, arme politique redoutable qui s’appuis sur la présence de l’armée française en Afrique, armée mobilisable pour mater tout soulèvement populaire. Présence toujours critiquée par les populations mais réclamée par les chefs d’Etats africains. La françafrique s’appuie aussi sur la machine de la francophonie qui maintient la domination culturelle de la France sur ses colonies au détriment des cultures africaines. Sur le plan économique, la françafrique peut compter sur les missions de la coopération française, une coopération que seuls leurs promoteurs peuvent définir. Pour des milliers d’Africains, la coopération française, tout comme le F.M.I. et la Banque Mondiale servent à étouffer le continent africain sous le poids de la dette. La françafrique peut compter enfin sur un de ses piliers parmi les plus redoutables qui appauvrissent les colonies françaises d’Afrique au profit de leur métropole : le franc CFA, monnaie utilisée dans les quatorze pays, ‘’anciennes colonies’’. En somme, la françafrique a précipité l’Afrique dans des convulsions violentes dont elle croyait être sortie lors de la décolonisation. Ce qui donne des cinquante ans d’indépendance, une image de honte. Plus on avance dans le temps, plus l’Afrique est en danger, car les gouvernements n’existent pas pour le peuple ; ils ne pensent qu’à recevoir la bénédiction de l’Elysée pour conserver leur pouvoir.

Dans tous les cas, les violations de ses propres principes créent des frustrations qui se traduisent directement ou indirectement par de rejet de la République et de ses symboles dans un premier temps. Et dans un deuxième temps, ces violences prennent autres formes, il suffit d’une étincelle pour que cela éclate et embrase la Nation. Par ailleurs, ces violations répétées de ses propres principes la discrédite tout simplement, ici comme ailleurs. La fraternité, c’est une chimère dont les ‘’minorités visibles’’ sont engouées, mais qui leur passera comme l’égalité. Quant à la liberté, elles n’y entendent rien. Il faut la Liberté, l’Egalité et la Fraternité, et non les théories de gouvernement, des phrases, des discours d’idéologues qui font grandir l’indignation. Soyez juste, Monsieur le Président. Mes mots sont un cri du désespoir car le peuple sans travail ne peut vivre de paroles.

 

 

 

 

1 Catherine Wihtol de Wenden, Directeur de recherche au CNRS(CERI)

 

2 Invité sur LCI le 12/01/10

 

3 Les sept pays les plus industrialisés plus la Russie

 

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 13:25

 

 

Photob 001En définitive, les causes endogènes et exogènes des maux divers et variés qui accablent les Africains ont attiré mon attention car ils peuvent avoir une même origine qui se rapporte à la spoliation de leur l’identité. J’ai évité d’en faire un travail considérable puisque ce n’est pas l’objet de cette étude. Reste une remarque : cette analyse permet de comprendre que le mal africain est bien profond et c’est en profondeur qu’il faut chercher à le résoudre, au moins un peu. Trouver des réponses superficielles, isolées et discontinues comme cela a toujours été le cas enfonce davantage ce continent. Aujourd’hui, le problème est plus ardu et il se pose en termes de modèle de développement culturellement identifiable, ayant localement un sens. Pour y arriver, un travail énorme doit être effectué dans l’être lui-même. La réponse est en effet dans l’être africain lui-même, dans son essence, détruit au contact de la violence extrême, faite de spoliation, d’expropriation, d’humiliation, et d’actes déshumanisants. Mais le plus grave, c’est l’effacement de son identité que les Occidentaux ont produit sur l’Africain, depuis près de six siècles. L’identité, c’est ce qui caractérise l’homme, le distingue des autres, sa spécificité, ce qui le particularise. En perdant son identité, l’Africain a perdu son monde tel qu’il devait être. Il a besoin de se retrouver, se définir, se rencontrer, se réapproprier son monde et ses représentations. Il a besoin de récupérer sa culture, ses dieux, son âme, son être, sa spiritualité, en un mot son identité. Cela passe par un retour dans le passé : revenir quelque peu sur nos pas, par une sorte de révolution mentale, une reconquête de notre mémoire afin de nous rebaptiser. Cela est possible et réalisable. L’objectif est de permettre à l’Africain de tracer sa propre voie avec ses propres outils. Ceci n’est pas un acte de lâcheté, bien au contraire ; il s’agit d’un acte de courage qui mettra un terme à toutes sortes de fuites en avant.

Il faut dire que c’est grâce aux « Lumières » que la Révolution française a été possible. C’est aussi grâce à elle que les Droits de l’homme ont été proclamés. Les Lumières ont libéré l’être et la pensée occidentale. Elles sont à l’origine du mouvement intellectuel, culturel et scientifique aux multiples manifestations connues sous le nom de Lumières. Le mot est souvent utilisé dans la littérature historique comme synonyme de XVIIIe siècle européen. La libération de la mémoire de l’Africain a grandement besoin des lumières de la raison, celle qui jaillira de l’intérieur de son être.

L’Afrique a connu le passage de l’âge de la pierre taillée à l’âge de la pierre polie. L’Afrique a connu l’écriture notamment avec le tubing chez les Berbères, avec les différents systèmes d’écriture, éthiopienne, avec le système hiéroglyphique égyptien qui est l’ancêtre de l’alphabet protosinaïtique et proto-cananéen et l’alphabet phénicien ancêtre de l’alphabet latin. Elle a connu l’éclosion de systèmes philosophiques complexes. Mais, l’Afrique n’a pas connu les Lumières. Si donc, les Lumières n’ont pas encore traversé ce continent, il n’est pas absurde de situer l’Afrique actuelle dans ce qui ressemblerait au Moyen-Age européen, dans ses aspects les plus sombres caractérisés par l'obscurantisme, le despotisme, la haine, la sorcellerie, les croyances qui réfutent la réflexion et la science et l’affirmation des ethnies. Il n'est pas étonnant que l'obscurité dans la pensée liée à son identité effacée se traduise par la pauvreté spirituelle et, par réciprocité mathématique par la pauvreté dans tous les actes de la vie.

Il faut une révolution culturelle africaine pour sauver l’Africain de son « écartement douloureux entre la civilisation des Blancs à laquelle elle s’acclimate mal, et les débris méconnaissables de la sienne propre.»1 Cette situation explique que l’Afrique cherche dans l’angoisse des repères à partir desquels se définir. Ces deux postulations contraires placent l’Afrique et l’Africain dans une sorte d’impasse.

Pour tout dire, la Négritude2 avait posé les jalons susceptibles de conduire l’Africain à son développement intégral mais, les peuples n’avaient pas suivi car ce mouvement fut trop intellectuel donc loin de la foule africaine. Aujourd’hui, il s’agit de se hisser à la hauteur technologique et sociopolitique des Occidentaux /Asiatiques et s’imprégner de leurs cultures tout en demeurant profondément enraciné dans la culture africaine pour que les Occidentaux reconnaissent la part d’humanité de l’Africain et ne s’emploient pas à le façonner à leur propre image sans que soit, un seul instant, prise en compte l’identité de l’Africain.  De cet examen sortira un homme positif et décomplexé assumant son passé tel qu’il est et en harmonie avec le monde tel qu’il est, mais aussi comme acteur et responsable des actes politiques, économiques, sociaux, constructeur, en définitive, d’humanité accomplie.  

1 Ngoïe-Ngalla D. (2)

 

2 Mouvement littéraire des années 50 basé sur la culture et la spiritualité des Noirs

 

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 13:19

 



III-3-5 : POIDS DES MODELES ECONOMIQUES IMPORTES

Photob 001Les modèles économiques que les nouveaux dirigeants Africains adoptent au sortir de la colonisation n’inspirent guère confiance, ce qui fera dire à R. Dumont que « l’Afrique noire est mal partie.» Ils prônent un développement de type occidental sans avoir analysé les contextes socioculturels. L’objectif est de faire du copier-coller, comme je l’ai souligné, sur les modèles politiques. Comment pouvaient –ils faire autrement, tant que la dépendance culturelle était totale ? Durant les années 1980, la situation du continent devient alarmante en raison de l’inefficacité économique des dirigeants. Elle se caractérise par un abandon de l’agriculture, par le déclin de la production industrielle, par de médiocres performances dans l’exportation, par l’accumulation des dettes et par une dégradation des indicateurs sociaux, des institutions et de l’environnement. Tout ceci a un coût humain considérable. Les dépenses consacrées aux services sociaux ont fortement diminué, le taux de scolarité est en baisse, la situation nutritionnelle empire et la mortalité infantile élevée. Le paludisme continue de tuer, alors que les tués par V.I.H. sont incalculables dans certains coins. Le tout se traduisant par une perte de confiance chez de nombreux jeunes diplômés, sans emploi. Et, pendant ce temps l’ « Etat fait la politique du ventre.»1 

Fortes de ce constat, les institutions monétaires internationales ont tenté d’intervenir dans le continent. En effet, depuis la disparition de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (U.R.S.S.) en 1991 et l’effondrement du bloc communiste, qui prônaient la collectivisation des moyens de production et l’intervention de l’Etat dans l’économie nationale, le capitalisme était présenté comme le modèle de production de référence. Ce modèle basé sur la libre concurrence et la course effrénée à la production des biens de consommation soutenu par le monde occidental, sera peu à peu imposé directement ou indirectement aux pays africains. Ainsi, dans les années 1990, les « théologiens » du capitalisme, soutenus pas les institutions de Bretton Woods, la Banque Mondiale et le F.M.I.2 élaborent des programmes d’ajustement structurel imposés aux Etats africains.

Vingt ans plus tard, force est de constater que tous ces programmes conçus depuis les bureaux occidentaux sans associer les populations africaines concernées, ont échoué. Car non seulement, ils n’ont pas créé la richesse mais plus grave encore, l’Afrique est plus pauvre qu’auparavant. Aujourd’hui encore, certains producteurs africains de la zone francs (Benin, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Congo, Côte-d’Ivoire, Gabon, Guinée-Equatoriale, Mali, Niger, Sénégal, Tchad, Togo et les Comores) n’arrivent pas à se relever après la dévaluation en 1994 du franc CFA3. Suite à ces échecs à répétition, ces modèles économiques qui régissaient l’Afrique ont été remis en question. Les thérapies néolibérales ont, dans la plupart des pays, fait éclater le contrat social issu des indépendances (dans certains pays du continent africain, l’espérance de vie à la naissance est retombée à son niveau de 1970, inférieur à 60 ans).

C’est donc à la suite de ces dégâts sociaux que la Banque mondiale et le F.M.I. parrainent de nouveaux programmes économiques, tels les documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté, ou des remises ou annulation de la dette dans les pays pauvres très endettés.

Il est clair que ces politiques basées sur l’aide, sont tributaires des fluctuations des économies occidentales. Une fois de plus, les pays africains ne comptent que sur les Occidentaux pour payer la facture. Aujourd’hui ceux-ci, submergés par la crise se résignent à des projets plus prioritaires, c'est-à-dire ceux qui concernent leurs économies.  Ce n’est donc pas par hasard que les Etats africains se trouvent privés de moyens pour redistribuer les revenus (quand ceux-ci n’ont pas été détournés par ceux qui devaient assurer le bien-vivre de leurs populations). Force est de constater qu’à quelques années de la fin des décennies pour l’élimination de la pauvreté (2015), le bilan est catastrophique.

Aujourd’hui, plus qu’avant, les inégalités se sont accrues entre les pays les plus riches, qui continuent de s’enrichir, et les pays les plus pauvres, qui continuent de s’appauvrir. Par conséquent, la pauvreté continue à se développer et se généralise dans le continent. On parle de la paupérisation. Et puisque la communauté internationale s’immobilise en raison de la crise, les Etats au sud du Sahara, sans réelle démocratie et sans bonne gouvernance assistent à leur propre ruine. On doit s’attendre de façon inéluctable à l’aggravation lente ou rapide (selon les pays) et progressive des conditions de vie des populations.

On en vient à se poser une question qui me paraît légitime. Pourquoi tous les modèles du développement économiques occidentaux échouent –ils en Afrique ?

A cette question, chacun tente de répondre. C’est ainsi que, les nouveaux partisans du malthusianisme pointent du doigt ce que l’Africain a de plus cher au monde : ses enfants. C’est la thèse des nouveaux théologiens du néo-malthusianisme. Déjà en 1991, R. Dumont écrivait que la démographie est « la cause de la pauvreté en Afrique.» C’est là qu’on enregistre le taux de croissance le plus élevé de la planète. La population est estimée à un milliard (fin 2009) dont plus de 250 millions en situation de précarité (personnes disposant moins d’un dollar par jour). En 2050, on estime à 2 milliards la population africaine, soit le double en l’espace de quarante ans. A ce rythme, la proportion des populations pauvres va exploser car selon le FNUAP4 cette croissance ne va pas se ralentir.5

Si cette croissance inquiète, c’est qu’elle augmente à peu près au même rythme que le nombre des pauvres. Soit, 3% par an, près de 20 millions de personnes. En effet, une forte fécondité engendre une pauvreté élevée par le jeu de déséquilibre qui s’instaure lorsqu’on a trop de bouches à nourrir pour une nourriture insuffisante. C’est la thèse de l’économiste Thomas Malthus qui explique que si le nombre des personnes augmente selon un taux de croissance géométrique, la production de nourriture, elle ne peut suivre qu’à un rythme arithmétique.

Le rapport est simple, 75% des richesses du monde sont entre les mains de 25% de la population mondiale, une grande partie de ces richesses se trouve au Nord, tandis que, 75% de la population se contente du reste, soit 25%. Elles sont majoritairement au Sud. Dans ces conditions, certains parlent de catastrophe humanitaire.

Face à ce chaos, les populations s’organisent ou se débrouillent en tentant de « faire quelque chose.» Elles adoptent des stratégies endogènes de lutte contre la pauvreté. C’est le sauve-qui-peut sous le regard indifférent de la françafrique. La fuite du continent africain est considérée par des nombreuses familles comme une stratégie de lutte contre la pauvreté.

Une fois de plus, dans leur lutte contre la pauvreté, des populations nombreuses déçues par leurs dirigeants ne comptent que sur l’aide internationale. C’est dans ce contexte qu’est survenue la crise internationale de 2008, plombant ainsi l’espérance de la population.

En effet, l’Histoire retiendra que l’année 2008 est marquée par une crise financière mondiale plus grave que celle la Grande Dépression de 1929. Toutes les économies des pays industrialisés ont subi des conséquences qui marqueront encore longtemps le libéralisme.

Pour une première fois, le monde découvre l’horreur du libéralisme caractérisé par l’abondance des crédits, la recherche d’un profit maximum et la dérèglementation à tout prix. Cette crise s’accompagne de nombreuses pertes d’emplois soit, à cause des licenciements, soit à cause des fermetures des usines, ou encore à cause de la stratégie de survie de l’entreprise. Le chômage augmente. Aux U.S.A., pays où est née la crise, de nombreuses familles perdent leurs maisons car elles ne peuvent plus honorer leurs créanciers. Par ricochet, certaines grandes banques (plus de 150, uniquement aux U.S.A.), symboles du capitalisme, font faillite.

Ainsi, en Occident, au milieu de l’abondance alimentaire, la pauvreté refait surface. On parle de la renaissance de la pauvreté. En France, malgré la présence au gouvernement d’un secrétaire d’Etat chargé de la lutte contre la pauvreté, les associations comme le Secours catholique et les Restos du cœur, qui offrent des aides alimentaires aux familles démunies, ont vu le nombre de personnes inscrites sur leurs listes augmenter de 2,3%, en l’espace de deux ans.

Il est certes vrai que la nature de cette pauvreté n’est pas la même que celle des pays du Sud mais la menace est réelle. De même, la crise financière actuelle n’est pas la première de l’Histoire ; elle est seulement plus brutale, plus ample et plus profonde que toutes celles qui l’ont précédée.

Face à cette crise et celle de voir tout le système s’écrouler (économies nationales et mondiales), les pays leaders de la planète, réunis au sein du G206 se sont mobilisés avec plus de 3 000 milliards de dollars de plan de relance et de sauvetage. Ils renflouent l’épargne des banques afin de soutenir la consommation des ménages et de la production. Ces plans de sauvetage vont peut-être stopper l’effondrement, ou mieux, la crise. Malgré tout, ces pays connaîtront la récession économique. Celle-ci oblige certains à se replier sur eux-mêmes. Ce qui aura des répercussions dans de nombreux pays pauvres, notamment en Afrique.

Contrairement à la déclaration d’Abdoulaye Wade7 qui affirmait à la RFI8 que « la crise financière sera limitée pour l’Afrique » en raison de sa faible insertion dans l’économie mondiale (3%), ses effets sont évidents. Certains pays comme l’Afrique du Sud, par l’entremise d’Old Mutual, a perdu 135 millions de dollars du fait de sa connexion avec les institutions financières américaines. La baisse de la demande de matières premières a entraîné la baisse des prix. Ainsi, les pays exportateurs africains on vu leurs revenus diminuer. Les experts de la Banque Africaine du Développement estiment cette perte à 40% soit, 251 milliards de dollars en 2009 et 277 milliards en 2010.

Les investissements directs étrangers ont ainsi diminué. Par ailleurs, le flux des capitaux étrangers en direction de l’Afrique a subi un choc. Les grands projets en cours sont ralentis ou reportés comme celui des centrales électriques au Botswana, l’interconnexion électrique de la CEDEAO.9 Les migrants africains installés en Occidentaux contribuent de façon directe au transfert des fonds vers l’Afrique (20 milliards en 2008). Cependant, la crise a modifié les comportements. Les sommes envoyées ont été moins importantes en 2009. Nous savons par ailleurs que des nombreux Africains survivent à partir de ces aides.

Le repli sur soi des Occidentaux comme stratégie de lutte contre la crise a aussi des incidences sur l’aide publique au développement. Pour atteindre les objectifs du millénaire (dispositifs de lutte contre la pauvreté), les pays riches devaient doubler leurs contributions en 2010 soit 50 milliards de dollars. En 2009, ils n’ont réuni que 26 milliards. Ce qui est loin d’arranger le sort des milliers d’Africains. Tout incite donc à penser que la lutte contre la crise se fait en sacrifiant les objectifs du millénaire.

Pour tenter de faire face à cette dégradation permanente, certains Etats africains ont recours aux apports des capitaux étrangers. Selon la BAD,10 106 milliards sont nécessaires pour revenir au niveau d’avant la crise. Si l’Afrique en vient à envisager le recours aux apports financiers étrangers pour sortir de cette crise qu’elle subit, alors que ces ‘’solutions’’ provisoires avaient montré leurs limites, c’est qu’elle se referme dans un piège-spirale d’autant plus que par le passé cette option n’a jamais amélioré les conditions de vie des populations.

Cette crise a sonné le glas d’un système que les Africains avaient adopté sans réellement le connaître, mais auquel ils croyaient malgré tout.

Il ressort que le continent est très vulnérable face aux fluctuations du système économique dans lequel il évolue. L’Afrique n’a aucune maîtrise des phénomènes mondiaux, et c’est aussi elle qui est la plus exposée. Ce danger explique que la pauvreté a de l’avenir en Afrique. Déjà dans le passé, dans les conditions nettement meilleures, le problème de pauvreté était posés en termes de mauvaise gestion des gouvernants qui refusaient et refusent toujours de redistribuer les revenus. Au Congo Brazzaville, par exemple, mais aussi dans beaucoup des pays l’écart est choquant entre le P.N.B.11 et le revenu réel par habitant. Dans ce cas, la gabegie financière et les détournements des fonds publics par les dirigeants africains et leurs acolytes, sont les éléments explicatifs de la misère qui frappe la majorité de la population. Toutefois, peut-on parler de la pauvre africaine ?

C’est de façon globale qu’on dit que l’Afrique est pauvre, car la réalité est plus : certains pays le sont, d’autres non.

Ma connaissance socioculturelle du terrain me permet de bien cerner des situations, tout en répondant avec prudence. Il y a des situations de guerres, de catastrophes naturelles, qui prennent en otages des milliers d’individus dont l’issue fatale est la pauvreté absolue.

En dehors de cette catégorie, il y a des individus privés de travail, de perspectives et d’opportunités. Ils n’ont pas accès à la moindre ressource et ne peuvent faire valoir leurs droits. Dans ces conditions, ils sont aussi pauvres selon la définition de l’économiste A. Sen.12

Par contre, la pauvreté définie en termes de manque ou d’insuffisance de revenus : pauvreté monétaire, conditions de vie, aisance financière, ne peut que donner des résultats biaisés. En effet, dans la conception africaine, manquer de revenus n’est pas forcement synonyme de pauvreté, au sens de manquer d’argent, et je l’ai déjà souligné, dans les sociétés occidentales. Ainsi, toute théorie basée sur le un « dollar par jour » trouve là sa limite. Etant entendu que l’individu fait partie intégrante du groupe, comme maillon d’une chaîne, les membres du clan, par solidarité clanique viennent au secours de chacun. En dehors de cette assistance, bien d’autres formes de solidarité existent grâce au maillage social. Par conséquent, être exclu ou s’exclure du groupe, est plus dangereux que perdre un emploi.

 

1 Op-cit

 

2 Fond Monétaire International

 

3 Monnaie des Colonies Françaises d’Afrique

 

4 Fond des Nations-Unies pour la population et le développement

 

5 Brunel S.

 

6 Les pays les plus industrialisés

 

7 Président de la Francophonie et ancien Président de Sénégal

 

8 Radio France Internationale

 

9 Communauté économique d’Afrique de l’ouest

 

10 Banque Africaine du Développement

 

11 Produit national brut

 

12 Cette approche a été utilisée pour la première fois en 1997

 

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 13:16

 

 

 

Photob 001III-3-4 : POIDS DES MODELES POLITIQUES IMPORTES

Les Africains ont perdu toute notion de gouvernance de type africain. Dans plusieurs pays, la Constitution est tout simplement identique à celle des pays européens, sans en avoir la culture quant à sa lecture et surtout son applicabilité. L’absence d’une constitution solide laisse aux gouvernants la liberté d’enfreindre la loi. D’autres hommes politiques africains l’ont tout simplement taillée à leur mesure. Or, les gouvernants qui n’ont et ne peuvent avoir d’autre intérêt que celui d’être justes, doivent désirer des lois fixes et permanentes, dont personne ne doit s’écarter. Dans le cas contraire, c’est le règne de l’arbitraire.

Il faut dire que les hommes politiques du continent n’avaient pas beaucoup de choix, du fait de leur culture politique occidentalisée. Les pères des indépendances, au début, optèrent pour le non-aligné avant de se rendre à l’évidence qu’ils n’en avaient pas les moyens en raison des structures économiques extraverties qui les menaient droit au mur. Par conséquent, il leur restait la possibilité de choisir entre le modèle socialo-communiste par le biais du marxisme et le modèle capitaliste-libéral. A vrai dire, la pression de la guerre froide les poussa tantôt vers les uns, tantôt vers les autres pour y trouver protection. On se rappelle que ce schéma est le même que celui appliqué par les abolitionnistes qui, sous prétexte de protéger les souverains africains contre les esclavagistes, les obligeaient à signer des accords avec eux. Ainsi, les Koongos du Congo-Brazzaville devenus communistes, se méfieront longtemps des Koongos du Congo-Kinshasa, devenus capitalistes. Ce fut l’époque d’une sorte de rideau de fer.1 Dans l’un comme dans l’autre cas, l’aliénation était totale.

Mais le communisme, par exemple, était–il compatible en Afrique ? Marx estimait que la révolution anticapitaliste n’aurait de succès qu’avec les conditions du capitalisme développé (qu’il l’imaginait se produire d’abord en Europe), sur la base de ses contradictions : baisse du taux de profit, concentration de la propriété, crises de la surproduction, paupérisation extrême... Quand le capitalisme crée une classe de salariés destinée à devenir majoritaire aux intérêts contradictoires avec ceux de la bourgeoisie, ceux-ci deviennent les agents de la transformation sociale, et la révolution communiste doit donc être « le mouvement spontané de l’immense majorité dans l’intérêt de l’immense majorité.» Or, et je l’ai déjà souligné, la propriété individuelle n’a jamais existé chez l’Africain jusqu’à la période des indépendances. Ce qui rendait le marxisme inapproprié. Mais, comme il faut l’appliquer à tout prix, les nouveaux dirigeants vont créer les bourgeois de toutes pièces car le prolétaire est connu : c’est le peuple. Le bourgeois, propriétaire de machines qu’il faut nationaliser sera l’Occidental considéré comme exploiteur de la masse. Ce qui justifiera la chasse des Occidentaux après les indépendances.

Chez les capitalistes, il manque des capitaux. Il faut les chercher, mais où les trouver quand on sait que l’Africain, n’était ni accumulateur ni riche pour jouer le jeu du capitaliste ? Là encore, les Occidentaux seront désignés comme capitalistes.

C’est dans cette hypocrisie politique, loin de toute base d’identification de la masse, que les dirigeants africains vont gérer le continent au moment de la transition colonialisme-françafrique. Mais ces politiques seront peu à peu délaissées avec le retour des Occidentaux au profit des modèles conçus et contrôlés par eux. Trente ans plus tard, l’Afrique se paupérise. C’est le moment choisi par les politiques de se rendre compte qu’en Occident, il y a un système, moins agressif pour accéder au pouvoir : la démocratie.

Durant les années 1990, presque tous les pays d’Afrique francophone importent la démocratie, un autre système politique, mais moins agressif, ce qui fera dire à Jacques Chirac « la démocratie est un luxe pour l'Afrique ». Cette déclaration suscita des réactions proches de la révolte. Aujourd'hui, avec le recul du temps, cette déclaration choque-t-elle encore ? Une chose est vraie, les réactions sont moins vives, vu la première petite expérience de ce système politique dans le continent.

 En effet, l'Afrique démocratique a su lier démocratie et ‘’homocratie’’. Si la démocratie est un système dans lequel le peuple souverain lègue sa propre volonté  à un homme pour un temps défini, l'homocratie2 est le pouvoir d'un homme qui gouverne par la puissance de la françafrique tout en faisant croire qu’il jouit de la légitimité du peuple.

La démocratie est–elle viable dans le contexte actuel de crises en Afrique ? La souveraineté d’un citoyen peut-elle résister en milieu de pauvreté ?

Comment le peuple souverain, dont  la préoccupation majeure est la satisfaction des besoins alimentaires, peut-il garder sa liberté de penser et de voter ?

Dans de multiples cas observés,  les électeurs ont vendu leur voix pour un ou deux euros chez ceux-là mêmes qui se sont servis dans les caisses de l’Etat pour financer l’achat de leurs voix. Ainsi, le choix politique devient une sorte d'épreuve : manger ou ne pas manger. C'est toute la démocratie qui se retrouve piégée. D'où la question initiale, la démocratie en Afrique est -elle un luxe ? La pauvreté fait-elle bon ménage avec la démocratie ? Un peuple affamé peut-il réfléchir en toute liberté sans qu'en même temps ‘’le ventre’’ ne s'immisce dans l'affaire ? Neuf fois sur dix, le peuple qui a faim vendra sa capacité d'homme libre, quitte à donner sa voix au diable. La Bible nous relate l'histoire du frère de Jacob, Esaü3 qui lui céda son droit d’aînesse pour un « plat de lentilles».

Pour qu'une vraie démocratie prenne place en Afrique, il faut résoudre le problème de la pauvreté faute de quoi les voix des pauvres seront toujours monnayées. L'homocrate le sait et n'hésitera jamais à recourir aux pauvres pour remporter des élections. Dans certains cas, lui seul décide s’il faut ou non organiser les élections. En tout état de cause, ces chefs d’Etat ont le soutien sans faille de la françafrique.

CAS DE LA COTE D’IVOIRE

Depuis une dizaine d'années, Laurent Gbagbo dirige  la Côte-d'Ivoire sans en passer par les élections. On sait que ces multiples stratégies de report d'élections, avaient plongé ce pays dans une guerre civile faisant des milliers de morts. Le chef de la rébellion, Guillaume Soro,  finira par intégrer le gouvernement, au rang de premier ministre. Le tandem ainsi constitué prendra le pays en otage. Laurent Gbagbo le sait, il n'a plus d'ennemis armés en face de lui, étant donné que l'ancien rebelle en a eu pour son ventre.4 Les deux faux ennemis aujourd'hui sont prêts à tout braver. Sans la moindre honte, ils ont mis fin à ce qui pouvait être le retour de la démocratie dans ce pays de plus de 20 millions d'habitants.  La Côte-d'Ivoire va-t-elle replonger dans le désarroi ? Une chose est certaine : le refus de la démocratisation ouvre les voies à toutes les formes de terreur. Déjà, les manifestations sont marquées par de nombreux incidents.

Une semaine après la dissolution du gouvernement et de la Commission électorale indépendante ivoirienne, l'une des manifestations lancées par l'opposition contre le président Laurent Gbagbo a été pour la première fois suivie de morts, au moins cinq à Gagnoa (Centre-Ouest). Pour Guillaume Soro, chargé de former un nouveau gouvernement, la priorité est de séduire et corrompre, sans nul doute par des billets de banque, quelques membres de l'opposition afin qu'ils intègrent le gouvernement. C'est la forme la plus élevée de « la politique du ventre.» Les discussions sont en cours. Et le peuple dans tout cela ? Environ un millier de manifestants, certains munis de gourdins et de cailloux, ont entamé une marche aux cris : « On ne veut pas Gbagbo.» Le secrétaire général de l'O.N.U.5 Ban Ki-moon, est préoccupé par la situation politique et par les affrontements en Côte-d'Ivoire et appelle au calme.

Et pour autant les élections restent le moyen le plus sûr pour un peuple de choisir ses dirigeants. Les élections sont le ciment de la démocratie. La démocratie par définition est le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple. Ainsi compris, le peuple est le garant de la nation. Il choisit par le moyen d’élections libres et transparentes de confier la gouvernance de la cité à celle ou à celui  qu'il estime le mieux placé pour garantir  la paix. Rousseau parle même d'un Contrat social structurant des relations de pouvoir équilibré, partagé dirigeants avec le peuple. Alors, pourquoi les dirigeants africains ne sont-ils pas à l’aise et ont-ils peur de subir le suffrage du peuple ? Comment peut-on prétendre gouverner au nom  du peuple tout en se méfiant de lui ?

Pour répondre à cette question, il est intéressant d’étudier le rapport que l’Africain pré-occidental avait avec le pouvoir. En Afrique, le chef de clan restait chef à vie. Son autorité ne souffrait aucune contestation car elle venait des Anciens. Tant que le roi avait leur faveur, il jouissait du pouvoir à vie. Le pouvoir confère l’autorité et tous les droits. En revanche, le roi perdait le pouvoir, si les ancêtres se détournaient de lui. Dans ce cas, le chef déchu tombait sous le coup de la malédiction, comme dans le récit du roi Saul, roi des Hébreux6. Ce mysticisme autour du pouvoir fonctionne encore dans l’Afrique actuelle.

Mais, en Afrique, il y a une autre spécificité liée au pouvoir : le président de la République incarne aussi la puissance et la domination de son clan et de son ethnie sur les autres. Et comme les rapports sont souvent tendus entre ethnies, la pression y est très forte, totale même au nom de la défense du groupe ou d’un meilleur service du groupe.

Les deux schémas sont les suivants : se maintenir au pouvoir par la volonté et la puissance de la françafrique, ou s’y accrocher pour le prestige que confère le pouvoir à soi et au groupe.

Dans les deux cas, on obéit au même schéma traditionnel : incruster dans les consciences l’idée d’un pouvoir à vie.

Restait à tirer la conclusion, à savoir que la démocratie n'est pas un exercice aisé. Par conséquent, ces politichiens7 se convertissent à la démocratie pour jouer au démocrate doux comme un agneau et dans cette comédie, ils voient le moyen d'accéder au pouvoir, car malgré tout, il y a des ‘’cons’’ pas assez avisés qui croient en la race de ces politichiens. Alors une fois au pouvoir, la nature ayant horreur du vide, la tyrannie qui les caractérise reprend le dessus et le démon est obligé de sortir de sa cachette.  Lorsque le peuple s’en rend compte, il est déjà trop tard.

L'Histoire nous enseigne qu'en Afrique, plus qu’ailleurs, le chemin qui mène au pouvoir est pavé du sang de nombreux innocents. Les Africains devraient se rendre à l'évidence que les démocrates sont une espèce très rare sur le continent. Ces hommes-là ne sont pas des politiciens, quel que soit le sens qu'on donne à ce mot. Le mot politique est trop élevé pour eux. Aux Africains de se méfier des ennemis du peuple et autres amis de la françafrique incapables de dessiner un modèle économique pour l’Afrique. 





 

1 Le président Tsombé du Congo kinshassa, expulsera des centaines des personnes originaires du Congo Brazzaville

 

2 Néologisme

 

3 Genèse 25, 29-34. p 55

 

4  La politique du ventre de  J-F. Bayard

 

5 Organisation des Nations-Unies

 

6 Bible, premier livre de Samuel 15, 10-23

 

7 Néologisme : politicien indigne

 

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 13:14

III-3-2 : LES REPUBIQUES DES ETHNIES

Photob 001Depuis la colonisation, on constate avec amertume, que plus de la moitié des guerres en Afrique sont d’origine ethnique, car les relations interethniques ne sont pas soudées à l’intérieur des territoires. Les Koongos, par exemple, ont toujours rêvé de reconstituer leur royaume. Ils gardent entre eux des bons rapports, mais où qu’ils soient, ailleurs comme à l’intérieur des Républiques nouvelles, le sentiment du vivre ensemble avec d’autres ethnies ne subsiste presque pas. Ce sentiment d’hostilité est également ressenti par d’autres ethnies à l’égard des Koongos. De fait, les pays africains dans leur forme actuelle ne sont pas faits pour devenir des Nations étant donné qu’ils concentrent en leur sein des peuples trop différents, et qui voudraient le rester ; « les divisions, l'ethnicité… empêchent l'émergence des nations.»2A l’origine du désordre, il y a l’acte de Berlin de 1885 qui regroupa des ensembles sociaux liés par des rapports d’hostilité dans un même territoire. Par ailleurs, l’absence de l’Etat dans ces pays complique encore la situation. Il est important de souligner que les grandes Nations européennes étaient à l’origine formées de communautés ethniques différentes par leurs cultures et diverses par leurs niveaux d’organisation. Mais ces ethnies ont fondu en un tout vivant au bout d’un cheminement long et difficile soit ? la volonté manifeste de vivre ensemble soit encore ? par la force des l’Etats. En Afrique, les ethnies ont été contraintes, de cohabiter sur un même territoire. Tant que l’Européen était là, cela semblait tenir, par la terreur bien sûr. Dans ce rôle, les nouveaux dirigeants échouent. Ainsi, chaque ethnie, pour mieux être servie, lutte-t-elle pour placer quelqu’un des siens plus haut. Et le dirigeant dans ces conditions-là, est tout simplement l’otage de son ethnie car incapable de s’élever au-dessus de son groupe primaire. Cette atmosphère s’épaissit d’autant plus que l’espace à partager, la ville, reproduit à l’identique les espaces ruraux ethniques. De la ville européenne, on passe à la ville-ethnicité. Il faut souligner que par principe la ville européenne est née suite au développement économique. En Afrique, la ville n’est pas consécutive au développement économique, ce qui fait d’elle un espace de loisir permanent. En lui conférant cette dimension, la ville devient tout simplement un poids.

 

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 13:09

 

 

III-3-1 : POIDS CULTUREL

 

Photob 001Après plus de cinq siècles de domination et d’effacement identitaire, le Koongo ou mieux l’Africain doit faire face au premier défi, celui de se définir après une longue série d’aliénations. Mais, comment se défaire  d’une identité que le colonisateur et les missionnaires de la civilisation    ont mis des siècles à bâtir dans du cerveau de l’Africain ?

Faute de moyens et de courage, l’Africain s’est lancé dans le nouveau monde sans son identité, sans créer son monde propre où se retrouver, tout simplement. Il va manger, s'habiller, parler, penser, agir, réagir.... comme l’ex maître. Pas d'alternative possible. Soit, on assimile la civilisation, soit, on reste sauvage. Sauvage ! Personne ne veut rester sauvage ! Quel malheur ! Le sauvage est compris comme celui qui ne fait pas comme l'Européen. A cet exercice d’imitation, les Africains mieux que les Asiatiques ont assimilé la leçon. Ils n'ont rien compris, mais tout appris et  tout pris. En agissant de la sorte, l'Africain a perdu ce qui le caractérisait : son identité. Il est devenu cet homme à la « peau noire masque blanc. »1 Il a perdu ses repères et se perd. Pour tout dire, il est perdu. En Afrique, parler la langue de Molière avec ses enfants en ville comme au village est un signe de prestige. Des milliers d'enfants grandissent ainsi sans connaître une seule langue africaine. C'est le complexe, signe extérieur de l'idiotie. Cette pauvreté mentale à elle seule expliquerait d’autres formes de pauvreté.

L'Asiatique, au contraire, a tout compris des Occidentaux, sans rien perdre de lui-même, il a tout pris. C'est ce qui fait sa force aujourd'hui. Ce n'est pas étonnant que le XXIe siècle soit celui de la Chine. Les voilà partis pour ré-colonialiser l'Afrique. Arracher à ce continent les miettes qui échappent aux Occidentaux.

Le dernier point, qui n’est pas moins important, est celui du rapport de l’Africain au travail. Pour des milliers d’Africains, le ‘’logiciel’’ mental n’a jamais changé, en dépit de tout. L’Africain au sortir de l’esclavage et de la colonisation pendant laquelle il était sujet aux corvées, avait retrouvé ses réflexes de production et de consommation de la période post-occidentale c’est-à-dire qu’il ne travaille pas pour s’enrichir. Car la vraie richesse qui compte dans ces sociétés ce n’est pas l’argent, contrairement à tout ce qu’on peut penser, mais les enfants. Ici, les enfants ne sont pas une ‘’charge’’ mais, une chance. Ce qui n’est pas une négation du travail. Mais, le travail n’est acceptable que dans la limite de la subsistance. L’Africain ne travaille que pour vivre. Il n’est nullement question de vivre pour travailler. Il s’agit d’un travail de subsistance, car l’Africain dans son être même n’est pas accumulateur. Tant qu’il était dans un système traditionnel où la nature était pourvoyeuse de bien, la vie se déroulait à peu près bien. Or, une fois de plus, on se retrouve dans un système qui a tout fait pour attirer les jeunes vers la ville. Et, la ville nouvelle (celle héritée par des Africains) ne distribue pas le travail. De toute façon, même quand il y a des postes à pourvoir, les collaborateurs de la françafrique les confient en priorité aux membres de l’ethnie : ce qui exclut tous les autres et remet la question ethnique au centre du débat. Or la présence des ethnies revendiquées en tant que telles est une menace réelle qui pèse sur l’identité nationale dans la mesure où au lieu de fusionner et se fondre dans la Nation, elles s’excluent et donnent naissance aux républiques des ethnies.

 

 

 

 

 

III-3 -3 : POIDS DES VILLES

 

La ville, contrairement à la campagne, était un espace à deux visages : le centre ville où vivaient les Européens et leurs principaux auxiliaires indigènes et, séparés, des nombreux quartiers en voie d’aménagement pour recevoir les vagues de nouveaux urbains. Ils venaient en ville soit, pour travailler chez les Occidentaux, soit, pour continuer leurs études. Une fois en ville, ils y restaient à vie même après la fin des études. En ce sens, « l’école a été au cours des dernières décennies un des vecteurs les plus efficaces de l’urbanisation, quel que soit le niveau considéré de la hiérarchie urbaine.»3 Ils devenaient des demandeurs d’emplois. Les colons étaient les seuls pourvoyeurs d’emplois. La ville ne tenait que grâce à eux. Le salaire gagné finance l’acquisition d’une parcelle qui constitue le préalable à la construction populaire dans les villes africaines parfois sans permis de construire, ni architecte. La maison une fois achevée devient un ‘’centre d’accueil’’ pour des ‘’frères et sœurs’’ restés à la campagne. Chacun imitera le même schéma qui à moyen terme conduit à la croissance spontanée de la ville.

Quand les Africains accèdent à l’indépendance, les Européens quittent l’Afrique. Le premier acte que les dirigeants africains posent est de s’installer au centre ville dans des logements laissés par les Occidentaux. Ce fut un prestige qui les distingua de la masse. Ces ‘’nouveaux Européens’’ héritent du centre ville aménagé par les colons pour eux-mêmes. Mais, à l’extérieur du centre ville, aucun aménagement n’a été prévu pour recevoir des milliers des nouveaux urbains attirés par la ville. Ils continueront à s’entasser dans des espaces inachevés qui n’ont de la ville que le nom, un tas de constructions misérables. Il faut le dire, les nouveaux hommes au pouvoir n’ont pas de code de gestion de la ville ou des villes. Là encore, la ville est une invention européenne. Elle fonctionne et tient en place selon un certains nombre de codes que le colonialiste n’avait pas communiqués à l’Africain. Ils seront incapables de développer les politiques des villes qui puissent satisfaire aux attentes des populations. L’inaction conduira à l’explosion urbaine avec tous les problèmes que cela implique.

On peut se demander si l’Afrique pour son développement avait besoin des villes dans leur forme actuelle ? Comme nous l’avons souligné plus haut, l’Africain dépendait essentiellement de l’économie de la cueillette. Et l’absence de cette forme d’économie en ville modifie son rapport au monde.

Au fur et à mesure que la ville se développait, elle attirait de plus en plus de monde. Des nouveaux besoins liés à la croissance de celle-ci ne sont plus satisfaits soit, par ignorance, soit, par manque de moyens. Aucune politique d’intervention ou de planification ne risque plus d’être possible. La ville va tout simplement se développer en se désorganisant. Par ailleurs, l’évolution de la démographie des nouvelles villes va dépasser toutes les estimations. D’où par réflexe, comme pour résister, l’Africain ‘’ruralise’’ l’urbain. C’est peut-être la fin de la ville au sens qu’on donne à ce mot. Par incapacité de s’adapter à ce que l’Européen avait créé pour lui, l’Africain s’approprie la ville en la modifiant jusqu’à ce qu’elle s’adapte. Ainsi, dans la ville africaine cohabitent deux visages : la ville centrale, européenne, autour de laquelle s’accroche la ville africaine.

Dans la première, vivent des Africains « blanchis » qui vivent à l’européenne à tous points de vue. La deuxième est la reproduction à l’identique de l’espace rural avec ses solidarités.

La ville cause la perdition des nombreux Africains qui n’y trouvent pas ce qu’ils avaient abandonné : la campagne. Et c’est en ville qu’on trouve le plus grand nombre de « sans-activités ».

La ville symbolise la marque européenne en Afrique. Au lieu de créer des richesses, elle appauvrit. L’Africain dans son être s’y désintègre, car il est trop éloigné de son mode de vie le plus courant. C’est la caractéristique de toutes les importations jamais assimilées et surtout jamais revisitées culturellement comme les modèles politiques. Brazzaville est un cas parmi tant d’autres. En effet, sur tous les plans, Brazzaville remplit tous les critères d’une ville pauvre. A cause premièrement, d’une population majoritairement jeune (40 % ont moins de 20ans) et deuxièmement, parce que la moitié des personnes en âge de travailler, survivent grâce aux petits boulots ou commerces d’opportunité, ce que d’aucuns appellent le secteur informel. Troisièmement, en raison d’une explosion urbaine sans aménagement préalable et qui n’est pas près de s’interrompre, car la superficie d’une ville triple lorsque sa population double.

 

1 Fanon F.

 

2 Ngoïe-Ngalla D. (3)

 

3 Pourtier R.

 

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Published by Brice MATINGOUT - dans MES PENSEES
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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 13:05

 

 

 

 

III-3 : LES INDEPENDANCES ET LA  ‘’FRANCAFRIQUE’’

Photob 001Les indépendances africaines doivent être comprises comme une période charnière entre la colonisation et la françafrique. Elles se situent entre 1958 et 1975 avec l’indépendance de l’Angola, colonie portugaise. Il est intéressant d’examiner de plus près comment l’Européen en quittant l’Afrique avait piégé le terrain afin d’y revenir sous une autre forme mais avec la même intention : l’exploitation économique du continent au détriment des populations locales.

Les indépendances des pays africains précipitent le départ des colons vers leurs pays d’origine. C’est donc aux Africains de prendre en main le destin du continent. Certainement, ils en ont la volonté et sont tous enthousiastes : pour la plupart, ils ont fréquenté l’école des Blancs, certains sont mêmes plus blancs que les Blancs. Tout de suite, ils doivent agir. Or, l’indépendance exige les moyens pour exister et résister.

Mais dans quel état sont-ils, eux et les populations au lendemain de la ‘’ fin’’ de la colonisation ? Quel est l’héritage de la colonisation ? Cet héritage est-il une chance ou un poids pour ces jeunes Républiques ?

Pour les nouveaux dirigeants, la question la plus ardue était de savoir comment créer les conditions pour un développement autocentré qui soit avant tout au service de la population. Les structures économiques laissées par les Occidentaux obéissent à l’économie extravertie, c’est-à-dire, qu’elles devaient avant tout servir la métropole. En effet, durant toute la colonisation, les Occidentaux ont forcé des populations locales à travailler dans de grandes plantations de produits d’exportation (cacao, de canne-à-sucre, café, caoutchouc, banane…). Tous ces produits sont transformés en Europe. Donc, tout le système mis en place, ainsi que les infrastructures (routes et voies ferrées..) obéissaient à cette logique.

Il est aussi important de noter que le développement de l’agriculture industrielle s’est fait au détriment de l’agriculture vivrière, car de moins en moins d’Africains travaillent dans leurs propres exploitations agricoles. Par conséquent, s’est développée déjà une forme de dépendance alimentaire. Car les populations, retenues dans des plantations, loin de chez elles, sont nourries essentiellement avec les aliments importés d’Europe. La consommation de tsamba1, par exemple, est largement réprimée au profit des boissons européennes. Créer de nouveaux besoins, imposer un nouveau mode de consommation et maintenir la population dans la dépendance étaient entre autres, les objectifs des colonies considérées comme d’excellents débouchés par le colonisateur.

Donc, pour les nouveaux dirigeants, la tâche est rude et presque perdue d’avance, car ils n’ont pas les moyens financiers de transformation des produits agricoles et de modification des besoins de consommation.

Comment stopper en un si bref laps de temps la dépendance sous toutes ses formes que les Occidentaux ont érigés durant des siècles ? Pour ces nouvelles Républiques, l’impasse est totale. Face au verrouillage du système imaginé et conçu par les Européens, les cris de joie se transforment en cris d’amertume. Il faut l’avouer, on ne pouvait pas du jour au lendemain s’installer à la tête d’un système, sans en connaître les codes. Quelle qu’ait pu être la bonne volonté tout ne pouvait que crouler. Et les seuls qui connaissaient ces codes, les Blancs étaient revenus en Europe.

Ce n’est donc pas un hasard si les pays qui ont eu la vie sauve dans les trente années qui ont suivi l’indépendance, sont ceux où les dirigeants étaient assez lucides et avaient gardé les colons sur place en tirant un trait sur le passé colonial. C’est le cas du Gabon et de la Côte d’Ivoire. Les autres pays ont tout simplement sombré.

Dans les pays qui sombrent, il y a, sans qu’on le dise réellement, la nostalgie du passé, le passé avec le colon. Comment aurait-il pu en être autrement étant donné que psychologiquement la dépendance, même refoulée, ne pouvait que refaire surface. C’est tout le mécanisme du conditionnement qui fonctionne tel qu’il avait été prévu par le colon. C’est là qu’il est capital de se pencher sur un point qui a échappé à nos pères : l’identité ou l’identité nationale.

L’esclavagiste, puis le colonialiste, pour exploiter au mieux l’Africain avait commencé par détruire son identité, ce qui le caractérise, ce à quoi il croit (ses puissances, ses réflexes, sa mentalité, toutes ses capacités, ses valeurs, ses dieux…) en un mot, son monde. Même nos premiers présidents sans le savoir étaient en dehors de leur monde. Dès l’instant où le ‘’logiciel’’ de l’homme noir avait été détruit et remplacer par la pensée occidentale, toute stratégie inventée n’était plus naturelle pour l’Africain. Par conséquent, nos pères voulaient bâtir un nouvel avenir pour le continent mais avec un logiciel occidental. C’était voué à l’échec. Mais, le savaient-ils ? Sans doute non. L’Africain est entré contre son gré dans « le monde des Blancs » et a été condamné à penser comme lui : il n’y a pas de doute, sur ce terrain, c’est le propriétaire du ‘’logiciel’’ qui sera gagnant.

Après les indépendances, le premier devoir aurait été la remise en cause du monde des Blancs dans lequel les Africains étaient et qui ne leur appartenaient pas. Cette remise en cause allait, en fait, aboutir à la reconquête d’un monde africain, tel qu’il devait être confronté au monde réel pour un développement intégral équilibré. Ceux qui ont mieux décelé le piège du système, les Asiatiques, s’en sortent. Et ceux qui n’ont rien compris, les Africains, s’embourbent dans un monde où tout est codé par les Occidentaux. Il reste un fait : l’Européen les avait cloisonnés dans un système tel qu’aucune tentative de remise en cause n’était possible. C’est ce que nous enseigne le mythe de la caverne de Platon : admirer les apparences avec la certitude qu’on est en face du réel. Le seul réel possible dans le cas de l’ancien colonisé c’était le monde tel que le colonialiste l’avait imaginé. C’est là qu’on voit toute la puissance de l’identité et la différence entre un peuple qui a perdu son identité et celui qui a son identité par le jeu d’orientation dans le monde imaginé ou imaginaire et le mode réel ou vécu.

Il ressort donc que très tôt, même fiers de leur indépendance, les Africains étaient dans l’attente psychologique du retour de l’homme blanc afin de déverrouiller un système complètement bloqué.

De leur côté, les Européens chassés du continent se retrouvent dans un système complètement nouveau, car depuis plus de cinq siècles leur structures économiques dépendent directement ou indirectement de l’extérieur. Sans compter toutes ces familles qui ne sont plus revenues en Europe depuis des siècles. Pour elles le déchirement est total. Il faut ajouter à cela tous les investissements réalisés et en cours sur le continent africain. Pour ces raisons, et beaucoup d’autres, les indépendances sont une sorte de blocus dont il faut se débarrasser, quel qu’en soit le prix.

Soit, il fallait négocier le retour : ce qui avait peu de chance de passer au niveau de l’opinion africaine trop fière de sa liberté nouvellement acquise. Soit, il fallait trouver des collaborateurs africains qui seraient au service des Etats européens. Mais pour que cela fonctionne, il fallait que les corrompus accèdent à la sphère du pouvoir. De fait, les puissances européennes mettent en place des stratégies pour parvenir à ces fins. C’est tout le sens de la françafrique2 qui consiste à embaucher quelques leaders africains à l’Elysée et à leur garantir un avenir politique dans leur pays, à condition qu’ils travaillent au profit des intérêts français ou occidentaux dans une soumission et obéissance absolues. Condition sine qua non pour demeurer au pouvoir. Le cas de Bongo, Houphouët, Mobutu, Sassou et autres sont trop connus.3 Mais nous connaissons aussi les cas de Sankara, Lissouba, Kabila et autres.4 Depuis plus de quarante ans, c’est le schéma que la France a mis en place ; peu importe si, pour cela, il faut s’asseoir sur les Droits de l’homme et l’indépendance des pays africains. Le triomphe de ce schéma a marqué le retour des Occidentaux sur le continent. Ce retour a sonné aussi la fin des indépendances des pays africains qui n’ont plus que leurs hymnes nationaux et leurs drapeaux.

Pour résumer, les colonialistes ont donné l’indépendance sans code indispensable pour le fonctionnement du système aux pays africains ; la françafrique a ôté l’indépendance tout en laissant les drapeaux et les hymnes. Si l’esclavagisme et le colonialisme sont des systèmes effroyables, la françafrique a adouci la violence, mais dans certains cas, elle alimente des nombreuses guerres civiles, responsables des massacres de populations.

 Les structures de l’économie extravertie existent encore et tiennent bien en place. Elles fonctionnent avant tout pour les Occidentaux. Elles tiendront encore pour longtemps, car la stratégie est de donner l’impression que les structures ont été modifiées. Elles tiendront encore longtemps tant que l’Africain fonctionnera avec un ‘’logiciel’’ qui n’est pas le sien. Ce ‘’ logiciel’’ qui vise à l’intégrer dans un modèle du développement imaginé et conçu pour les Occidentaux au nom de la mondialisation. En jouant sur ce terrain, c’est presque sûr, l’Afrique n’occupera que la dernière place sur l’échiquier international. Loin de comprendre cela, les dirigeants africains, conseillés par les Occidentaux qui ont la certitude d’avoir le modèle de développement le meilleur du monde s’acharnent à l’appliquer aux sociétés africaines. Nous savons qu’au nom de ces certitudes, des ravages on été enregistrés partout en Afrique et, en faisant du copier-coller, l’Afrique ne décollera pas. En un mot, le problème est avant tout culturel (identitaire), là où tout avait commencé. 

 

1 Boisson locale

 

2 Mot donné à la nature des relations entre la France et ses ex-colonies en Afrique, relation de pillage du continent et de corruption des dirigeants africains

 

3 Les Noirs de l’Elysée, titre d’un ouvrage de Calixte Baniafouna

 

4 Ceux qui ont tenté de dénoncer la Françafrique sont, soit assassinés, soit chassés du pouvoir

 

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Published by Brice MATINGOUT - dans HISTOIRE
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